Mlle Colombe Chemin reparut et, d’une voix onctueuse, pria « Madame et Monsieur » de passer dans l’atelier où ils seraient plus au frais. Elle avait longtemps servi chez la comtesse de Bourcival ; c’est pourquoi elle savait les bonnes manières. Elle était haute et mafflue, grisonnante, sérieuse de mine, mais singulièrement fardée, et la poudre qui barbouillait son nez en cornichon lui prêtait un profil de vieux clown. Elle roulait des yeux mijaurés, pleurards et drolatiques à la fois ; sa parole, d’une douceur humide, suintait l’hypocrisie ; elle en imposait aux gens superficiels, comme Glenka, entortillé par ses mignardises au point de lui commettre toutes les clefs de sa maison.
— Depuis les grosses chaleurs Monsieur couche ici dit-elle en introduisant les Dieuzède.
On apercevait, en effet, dans un angle de cette salle qui donnait au nord, un lit bas comme un divan, caché sous des draperies pourpres. Paulette, s’en approchant, fit remarquer à sa sœur, au-dessus du chevet, sur une petite encoignure, une statuette de cire, esquisse de femme nue.
— Oh ! une Vénus, vois-tu, Adèle ?
— C’est sa Sainte-Vierge, répondit Adèle un peu scandalisée. Il est païen.
— Pourquoi pas ?
— Pourquoi pas ? Alors, toi, qu’es-tu, païenne ou chrétienne ?
— Je crois bien, confessa Paulette, que je suis païenne.
— Tu es une dinde !
Adèle, avec un hochement de tête attristé, s’éloigna vers une fenêtre ; elle eut l’air de considérer, dans un jardinet voisin, des enfants qui jouaient à l’ombre, sous le magnolia d’une pelouse. Mais, sans vouloir critiquer ses parents, elle réfléchissait :