L’hôpital était proche ; seulement, il fallait franchir l’esplanade déserte des Jacobins, contourner des allées sombres. C’est pourquoi Bernard n’avait pas voulu exposer Adèle aux hasards d’une course nocturne.

A la porte, il réfléchit que sa démarche, si rien d’extraordinaire n’était survenu, paraîtrait singulière et serait, pour Hélène, fâcheusement interprétée. Mais la force de l’impulsion l’entraîna : il fit demander par l’infirmier de service au peintre Sirvaës à quelle heure Mme Dieuzède l’avait quitté. La réponse fut un coup de foudre :

— Mme Dieuzède n’est pas venue voir M. Sirvaës aujourd’hui.

— Ah bien ! eut-il le courage de murmurer en tournant le dos.

Dehors, il resta figé sur le trottoir, étourdi d’une révélation qui l’écrasait : ou Glenka était au Mans, et Hélène avec lui, dans ses bras ; ou elle l’avait rejoint ailleurs.

Il s’en revint, lourd et ralenti ; une seule question perçait le silence informe de son désespoir : « Que dirai-je aux enfants ? »

— Mais, peut-être, essaya-t-il d’espérer, vais-je la trouver de retour. Au moins Adèle et Paulette ne connaîtront pas son mensonge.

C’était encore une illusion ; comme Adèle, guettant son pas, s’élançait, dans le corridor, à sa rencontre, il s’enquit d’une voix qui sembla autre que la sienne :

— Elle n’est pas là ?

Navrée, Adèle fit signe que non.