— En voilà pour longtemps, déclara Hélène, impatientée.

— Et tu crois, s’écria Bernard, survivre à un pareil régime ! N’est-ce pas, chère madame, malgré vos bontés admirables, jamais elle ne se remettra sans un traitement énergique dans une maison appropriée.

Mme Laboré opina que c’était bien sa conviction. S’il l’autorisait, elle avertirait le docteur Picard, de Neuilly, qui viendrait lui-même avec une voiture d’ambulance et transporterait la malade. Il n’y avait plus un jour à perdre. Hélène se récria :

— Aujourd’hui ! Non, je ne veux pas. C’est un coup monté. Vous abusez tous de mon impuissance.

Paulette, à la rescousse de sa mère, commença une scène de larmes ; Mme Laboré prévint Bernard en lui intimant de se taire.

— Ma petite maman, dit Adèle, sois obéissante. Tu vois bien qu’il faut te laisser guérir.

Mais Hélène jeta un coup d’œil à son amie ; Mme Laboré pénétra son tourment ; avant de quitter la chambre, Hélène tenait à mettre en ordre ou à détruire plusieurs choses intimes. Mme Laboré pria Bernard d’aller s’entendre, au téléphone, avec le docteur Picard ; le dévouement de ce jeune neurologue était acquis ; Laboré lui avait, à ses débuts, rendu des services qui n’avaient pas aidé un ingrat :

— Il sera vôtre comme il est nôtre.

En rentrant de cette course, Bernard trouva Hélène habillée, tant bien que mal, sa robe ne tenant plus sur son squelette, et ses bas ayant l’air de cacher deux bâtons. Il remarqua, au fond de la cheminée, un amas de papiers noircis, et se douta qu’en son absence on avait brûlé des lettres.

Le docteur arriva, un homme d’aspect délicat et pâlot, un de ces médecins dont on pense qu’ils ont oublié de se guérir avant de soigner les autres ; mais il rappelait Brouland par le sérieux de son diagnostic, avec une douceur affectueuse dans le regard qui manquait à Brouland. Son accent de simplicité captiva dès l’abord la confiance d’Hélène ; il l’interrogea, l’ausculta pour conclure :