Paulette applaudit à ce projet ; elle supplia sa mère, avec des minauderies cajoleuses, de l’emmener chez Glenka :
— Je voudrais trop connaître son salon, son intérieur.
Mme Restout eut la curiosité, sur lui, d’une question :
— Il est marié ?
— Oui, répondit Bernard ; mais, depuis 1914, sa femme vit à Toulon, et lui, où la guerre le promène. C’est un ménage détraqué, comme il y en a tant… Nous n’avons pas à sonder de qui viennent les torts.
— Les torts, déclara Mme Restout, viennent toujours de celui des deux dont l’autre ne veut plus.
— Vous allez bien loin, répliqua Bernard d’une voix qu’il s’efforça de maintenir dans le registre doux. Les pires infamies seraient donc justifiées !
— Comprenez-moi, mon cher. Quand on est vaincu, il faut d’abord s’en prendre à soi-même ; je ne veux rien dire de plus…
Mme Restout devinait-elle, dans la rencontre de Glenka, un événement fait pour bouleverser l’avenir d’Hélène ? Voulait-elle, du même coup, scruter sa fille et sonder si Bernard avait des soupçons ?
En fait, elle ne calculait pas, comme Mme Macreuse, la profondeur possible des blessures qu’elle ouvrait. Quand sa langue dardait des flèches sifflantes, enduites de poison, elle soulageait avant tout les exaspérations de sa nervosité. Elle se dépitait de vieillir, liée à un intérieur médiocre, et maudissait son gendre d’être un gueux dont elle ne pouvait plus rien tirer. Dîner chez les siens, dans l’arrière-boutique d’« une échoppe », quelle déconfiture ! Au surplus, elle discernait entre Hélène et Bernard une gêne morale, les froideurs d’un ménage où l’affection « devient un fardeau qu’on porte à deux ».