Les Juifs, sous ce coup de foudre, baissèrent la tête. Festus se retira pour délibérer avec ses assesseurs. Il revint, prononça la sentence :

— Tu en appelles à César ; tu iras à César.

Le mot : J’en appelle à César, si un autre Juif l’eût prononcé, eût signifié seulement la confiance des Israélites en un pouvoir suprême qui dominait les factions et les intérêts particuliers. Les Juifs étaient, en masse, conquis par le prestige de l’Empire ; ils croyaient à son avenir stable ; ils se battaient même dans ses armées où il passaient pour bons soldats. Si Jérusalem, en 70, succomba, l’inertie des Juifs de la diaspora, trop attachés aux Romains, ou trop égoïstes, causa, en grande partie, cette catastrophe.

Dans la bouche de Paul, l’appel à César marque une date plus grande et décisive. L’Église déclare périmée la justice de la synagogue ; elle remet sa cause à l’Empire qui, dans la suite, voudra l’exterminer, mais dont elle attendait alors une protection ; au reste, elle l’envahira, elle le convertira peu à peu, tandis qu’Israël, jusqu’à la plénitude des temps, lui résistera.

Donc Paul allait voir les fidèles de Rome ; il comparaîtrait devant César ; et César entendrait la parole de Dieu. La décision du procurateur l’établit dans une visible allégresse.

Quelques jours après, Festus eut la visite du jeune roi Agrippa II et de sa sœur Bérénice. Agrippa avait été nourri à Rome, dans l’entourage de Claude, pour devenir un de ces roitelets dont l’État romain savait faire des esclaves. Il vivait en compagnie de Bérénice ; leur intimité scandalisait les Juifs. Veuve d’un premier mari, de son oncle Hérode, Bérénice avait cohabité avec son frère ; leur liaison déchaîna les langues malveillantes ; afin de leur imposer silence, elle offrit sa main au roi de Cilicie, Polémon. Il accepta, parce qu’elle était immensément riche. Elle l’abandonna, revint à son frère. Plus tard, elle saura plaire « au vieux Vespasien par la magnificence de ses présents[391] ». Titus l’aimera d’un amour autre que Racine ne le donne à entendre.

[391] Tacite, Hist. II, LXXXI.

Cette Orientale, plus ensorceleuse et pervertie que Drusilla, eut des accès de dévotion. Elle vint à Jérusalem accomplir un vœu de nazirat[392]. La foi chrétienne dut, par moments, la préoccuper. Sa sœur lui avait parlé de Paul. A son tour, elle fut curieuse de l’approcher.

[392] Voir Josèphe, Bell. Jud., l. II, XXVI.

Festus prévint son désir ; lui-même souhaitait de connaître l’impression d’Agrippa sur l’homme qu’il devait envoyer à César. Ainsi, dans son rapport, il pourrait mieux préciser si Paul méritait ou non la haine tenace des Juifs.