«—Qui donc est mort?

«—Va voir au cimetière!

«Elle y alla. On comblait le trou de la fosse, et le recteur la bénissait.

«—Monsieur le curé, qui est-ce?

«—Mon enfant, un bon chrétien, un brave marin, un Breton, qu'on a recueilli sur la côte anglaise. Le bateau est perdu, capitaine, équipage et mousse. Le bon Dieu ne nous a rendu que Jan Bris, je veux dire son cadavre.

«A ce nom, Azeline, sans un cri, tomba de son long sur la fosse, et, elle aussi, elle trépassa.

«Toute la commune décida que de pareils amants ne pouvaient pas être désunis, et que ce serait injuste s'ils ne partageaient pas, non seulement la même tombe, mais le même cercueil. On le rouvrit donc, et savez-vous ce que l'on y vit?… Ma grand'mère paternelle y était, et jamais elle n'a menti en quatre-vingts ans d'existence…. Eh bien! le corps de Jan Bris, longtemps ballotté par la mer, avait repris toute sa consistance, il avait la capuce d'Azeline aux épaules, le mouchoir blanc marqué J.A. autour du front, et, miracle d'amour plus admirable encore, il portait au doigt l'anneau nuptial qu'elle lui avait donné à son départ pour la pêche à Terre-Neuve, et que les Anglais n'avaient pas retrouvé sur son cadavre.

«Voilà comment on s'aimait chez nous, mon bon monsieur, au temps où il y avait des rois régnants, quand tout le monde allait, le dimanche, à la messe, et ceux qui disent que l'histoire s'est passée ailleurs qu'en Bretagne sont des menteurs qui veulent nous faire du tort dans l'esprit du monde.»

Sur cette protestation, la vieille sorcière siffla son oie et s'en fut désherber ses pommes de terre.

CONTES TRAGIQUES