«—Il n'y a peut-être, observai-je, que de malhonnêtes sociétés. Mais l'histoire de Louisa, on la demande?
«—Eh bien! voici. Un jour où, Thémis m'ayant fait des loisirs, je les employais à jouer au bouchon avec les ablettes de la Marne, j'étais entré, pour me rafraîchir, dans un de ces cabarets à tonnelles qui bordent la rivière. Ils sont les oasis de nos caravanes fluviales, et l'attrait dominical des familles d'ouvriers en balade. Outre les berceaux de lierre et de vigne folle qui y jouent le rôle du moucharabieb de la maison arabe, on y trouve des gymnastiques avec trapèzes et balançoires, le jeu de tonneau et de boules, tous les divertissements de plein air enfin, naïfs et chers à nos pères, où se résument, pour les bonnes gens du peuple, le plaisirs de la campagne. Une baignade, une traversée en canot jusqu'à l'île voisine, et le régal d'une gibelotte leur en complètent le paradis.
«Je triomphais ce matin-là par une pêche miraculeuse, et l'idée d'y faire honneur sur place m'avait amené à ce bouchon de mariniers, où m'attirait encore, je l'avoue, le souvenir de certain «reginglard» angevin qui datait dans ma magistrature.
«—Voici, dis-je au patron de l'oasis, en lui remettant ma cloyère; faites-moi frire cette goujonnée, et, pour le reste, du meilleur!
«—Parbleu, mon président, vous tombez mal ou bien, selon votre humeur du jour, nous avons aujourd'hui une noce. Des faubouriens et leurs dames, tous en joie, et qui mènent déjà un train du diable. Du reste, écoutez-les. Vous ne serez pas tranquille sous votre tonnelle.
«—La mariée est-elle jolie?
«Peuh! Affaire de sentiment. Elle a des cheveux magnifiques et elle rayonne de bonheur, voilà tout ce qu'on peut en dire.
«—Le mari?
«—Un brave garçon. Il est dans la carrosserie. Laborieux, droit, franc du collier, digne de son père, qui était d'Angers comme moi, pour vous servir, il me paraît fou de sa blonde, et ça, c'est drôle tout de même, car enfin?…
«—Car enfin, quoi?