Une deuxième visite de remerciement pour l'hospitalité reçue en détermina une troisième, puis l'habitude se noua et Olive vint tous les jours. Elle devenait disciple favorite du négateur, celle qui recueille les «propos de table» des réformateurs, et Max Ozal ne pouvait déjà plus se passer d'elle. Elle lui prenait des notes, rangeait ses papiers, l'aidait à sa correspondance.

Elle avait peu à peu renoncé à sa coquetterie de Parisienne, ruban à ruban, bijou à bijou; elle se défleurissait et versait à la momière par une progression systématique dont le sens n'échappait point à Mme Ozal, si simple fût-elle. Enfin, un matin Olive entra presque méconnaissable, la chevelure tondue et d'aspect si garçonnier que le docteur lui-même ne put retenir un cri de révolte. Ah! c'était trop, et il n'avait jamais dit que le renoncement dût aller jusque-là! Puis il claqua la porte et sortit, troublé jusqu'au plus profond de l'être. Il marcha longtemps sur les bords du lac, n'arrivant pas à se rendre compte de ce qu'il endurait. Il s'en niait l'évidence à lui-même. Non, non et non, elle ne l'aimait pas, cette jeune fille, et il ne l'aimait pas, lui non plus. Ce n'était pas scientifique. De l'amour? Max Ozal, son contempteur déterminé, irréductible, jamais.

Quand il fut chez lui, à la tombée du jour, Mme Ozal lui apprit que Mlle
Garrulon était partie.

—Elle m'a dit adieu, m'a demandé pardon, de quoi, je l'ignore, et, après avoir embrassé nos enfants, elle s'est enfuie. Mon ami, vous ne la reverrez plus sur la terre, je crois.

—Si, fit le docteur.

* * * * *

Il la revit, en effet, et pour l'éternité, au confluent de l'Arve et du
Rhône.

Max Ozal n'a pas laissé de disciples.

LE RÉCIT DU CHIRURGIEN

—J'étais allé faire à Angers une opération chirurgicale extrêmement intéressante, l'un de ces cas qui ne se présentent à nos malheureux bistouris que cinq ou six fois par siècle, et vous me permettrez bien d'ajouter que je m'étais assez bien tiré de l'un des problèmes les plus ardus de l'art d'Ambroise Paré. Il s'agissait de … mais vous êtes profane, laissons. Ce n'est d'ailleurs que pour vous dire combien je me sentais en forme. Il en est de cela dans notre partie comme dans la vôtre; les Doyen, les Pozzi, tous les maîtres vous diront que la réussite exalte nos énergies, développe nos dons et assure notre science. Le succès est le père du génie.