«—Vous! Où ça?
«—Ici.
«Et ce fut tout. J'avais compris. On ne discutait pas avec Cambronne.
«—Alors, la garde se rend? fut tout ce que je trouvai à lui dire, et je pleurai, mon gars, moi, un dur-à-cuire, comme une demoiselle.
«La fin de l'histoire n'est pas longue. A quarante-cinq ans on ne se défend plus; Cambronne demanda sa main à la veuve. Elle n'y mit qu'une condition, et tu la devines?…
—Non, mon oncle.
—Tu es donc bête? La condition, c'était qu'il lui dirait, non plus à elle seule, mais devant toute sa famille réunie en soirée de fiançailles, la phrase textuelle et véridique du Dernier Carré, qui, je te le répète, fut un triangle. Et il en était si fou qu'il y consentit. Seulement, vois-tu, conclut le capitaine Peyrot en tire-bouchonnant sa moustache, celle qu'il leur répéta, à ces Angliches, c'était la vraie, celle que j'avais entendue, la bonne, plus courte de sept mots que l'autre. Telle est l'histoire du mariage de Cambronne. L'empereur ne l'a jamais su à Sainte-Hélène.
LOYS ÉGAROT OU L'ARGENT D'AUTRUI
Lorsque, afin de se disculper de la ruine de tant d'honnêtes gens qui lui avaient apporté leurs économies pour qu'il les centuplât dans le laps de temps le plus court possible, le grand joueur d'argent d'autrui, Loys Égarot, comparut au tribunal présidé par Thomas Mévère, notre d'Aguesseau moderne, il laissa d'abord parler son avocat, le célèbre Paul Archet, surnommé le Cicéron des krachs, et qui s'en est fait une spécialité européenne.
Ce ne fut pas long. En trois heures de temps, plaidoyer compris, Loys
Égarot écopa ses trois ans de prison, un par heure. Le président Thomas
Mévère ne badinait pas avec les «spéculateurs éhontés, déshonneur de la
République d'affaires». La foudre de l'arrêt reçue, le foudroyé se leva
et d'une petite voix triste, il dit: