Grand, sec, hâlé, les cheveux taillés en brosse, l'oeil d'acier, le général ressemblait à un sabre. Il fallait, à l'aspect, lui défalquer dix ans sur les soixante que lui attribuait l'annuaire. Charles buvait son héros des yeux, mais très pâle de mon aventure. J'étais pour lui déjà un homme mort, les duels de Madiran étant, dans l'armée, comme des contes de fées de l'escrime. Et j'attendais. Le général, le front baissé sur ma carte, semblait la lire et la relire ainsi qu'en rêve. Brusquement il me regarda, et, d'une voix presque émue:
—Mon enfant, j'ai dû épouser votre mère.
—Mais n'importe, relevai-je bêtement, je suis à vos ordres.
Cette niaiserie de blanc-bec ne l'avait pas distrait de sa rêverie singulière.
—Vit-elle encore, votre charmante mère?
Mon cousin répondit pour moi par un signe d'affirmation muette. Le terrible sabreur d'Afrique s'était retourné et il s'en allait en serrant ma carte dans sa poche, lorsqu'il revint à nous en demi-cercle:
—Alors … comme ça … j'en suis de la confrérie?
Et le coup d'oeil dont il appuya sa question était si énigmatique qu'il me désarma de toute contenance.
—De Navarre?… soit, je suis Basque … mais de France?… Voyons!
Devant cette ironie à la française, je perdis entièrement la boule: