—Mon cher monsieur Galoix, l'idée est excellente; elle me plaît beaucoup, elle est faite pour plaire à tous les artistes. Mais causons. D'abord, de quel sexe le voulez-vous, cet idéal? Car, si vous avez une petite fille, songez combien il est regrettable qu'elle naquît avec une tête de garçon, et vice-versa!

—Je n'y avais pas réfléchi, dit le charcutier. Moi d'abord, j'aimerais mieux une fille.

—Et Mme Galoix, un garçon, c'est tout naturel, reprit Lazoche, qui voyait s'ouvrir devant lui toute une industrie nouvelle. Cela peut s'arranger. Mais fille ou garçon, sera-t-il blond, sera-t-elle brune? Il faut bien nous entendre.

—Moi, je la voudrais brune.

—Alors, Mme Galoix le veut blond, évidemment. Je le ferai châtain, monsieur Galoix, et la nature choisira. Comptez sur moi, vous aurez votre idéal après-demain.

Et il prit congé du charcutier.

Dès que celui-ci fut au bas de l'escalier, Lazoche piqua une tête et se mit à danser sur les mains, avec tous les signes d'un enthousiasme évident. Puis il prit une belle toile blanche et l'installa sur son chevalet.

—Joues rebondies, songeait-il, cheveux frisés et de grands yeux qui vous regardent. Telles sont les données; c'est l'idéal de ce charcutier! Essayons.

Et il commença à tracer un grand cercle, il dessina deux petits cerles parallèles, et un autre plus petit sous ces deux-là; et ayant rempli les uns de bleu, et les autres de rouge, il vit que cela était déjà bien et représentait à miracle le visage, les yeux et la bouche de l'idéal. Alors, il continua de travailler dans ce sens, et quand il eut parachevé ce chérubin, il s'en fut le porter à son charcutier.

—C'est surprenant, lui dit Galoix, et même je reconnais quelques traits de ma propre physionomie.