Elle s'étonnait elle-même, que dis-je? elle s'irritait, la bonne créature, de lui être si rebelle, et, peu versée dans la théorie de son art, elle n'entendait rien à ce qui lui arrivait.

—Comme c'est drôle, Pepetta, celui-là ne me dit rien du tout. Il est pourtant prince!

Mais la guenuche se méfiait, d'instinct, rien, selon son adage familier, n'étant plus rosse que la nature.

Chaque année, au retour de sa fête—car il y a des saints pour tous les chrétiens—Géraldine s'offrait une joie professionnelle dont la saveur est paradisiaque. Ce jour-là elle couchait seule. Elle redevenait Aldine Gérat pour vingt-quatre heures. Pour se préparer à ce spasme commémoratif, elle allait d'abord à la messe, et, si elle se trouvait en fonds, elle versait sa bourse grande ouverte dans le tronc des pauvres. Après quoi, elle se rendait au Louvre, le musée, s'entend celui «où l'on ne va jamais, on ne sait pourquoi», puis, après une lente promenade le long des quais de la Seine, «le plus beau paysage du monde», elle rentrait, vertueuse, au logis, y tirait le verrou de la porte, et seule, bien seule avec Pepetta, s'attablait goulûment devant le balthazar strictement composé de mets à la provençale.

—Tout à l'ail, rien qu'à l'ail, aujourd'hui l'on pue, lançait la petite macaque séparatiste, nous sommes dans le bastidon! Zut pour les hommes!

Et l'aïoli de succéder à la brandade, puis la divine bouillabaisse, dont les ambroisies se mêlaient en un concert de gueule digne des anges.

—Ah! que c'est bon! ça sent Marseille!

—Dis qu'on y est!

—Je vois le port.

—Moi, le cours Belzunce.