—Es-tu content? demanda le diable.

—Oui, je le suis. A présent, le partage. Veux-tu le dessus ou le dessous de la récolte, ce qui est en terre ou en dehors? Choisis.

Et comme le Déchu n'entend goutte aux choses du bon Dieu, il choisit le dehors, à cause des magnifiques fleurs jaunes. Mais, ainsi que vous pensez, il ne put rien en faire et, même en Angleterre, pour les bestiaux, il ne parvint jamais à en vendre les fanes.

L'année suivante, deuxième du pacte, Satanas jura de ne pas s'y laisser reprendre. Quand le temps du partage fut venu, le voilà qui se présente à Kerlot, le rusé, et, tout de go, sans prendre le temps de lui donner le bonjour:

—Cette fois, je veux ce qui est en terre.

Or, le Breton avait semé du froment dans le même champ, et c'était les épis de blé, gros comme en Égypte, qui le couvraient d'une chape d'or merveilleuse. Il en eut plein son moulin. C'est ainsi que le paysan se servait du démon pour sa fortune.

On m'a affirmé qu'en Normandie le Malin est beaucoup moins bête, et cela tient probablement à ce que les Normands n'ont ni pèlerinages ni pardons, et sont donc moins protégés que les Celtes. Toujours est-il que Jean Kerlot en faisait voir au «nôtre» de toutes les couleurs de la mer, et Dieu sait si elle en change! Le diable de Bretagne s'acharnait cependant sur le meunier matois, je crois bien que c'était à cause de son cidre, du pur jus, à la vérité, et il ne lâchait point l'espoir d'avoir son âme.

—Vends-la moi, ami Jean, et fais ton prix?

—Je ne dis pas non, traînait l'autre, en mâchonnant un brin de romarin; mais j'ai trois enfants et je ne suis pas encore assez riche pour mourir. En outre, j'ai promis une belle aube en dentelle au pasteur de l'église, et c'est cher, à Rennes, ces chemises à chanter la messe! Si encore mon moulin était moins vieux! Mais il a cent ans à cette heure, et il ne prend plus le vent. Il est vrai qu'il n'en souffle guère depuis que les arbres grandissent autour.

—Abats les arbres.