Tel est l'acte sur le caractère duquel nous avons à nous prononcer.
A-t-il été commis avec conscience, avec une entière liberté morale?
Est-ce au contraire un acte qui ne saurait être considéré comme
entraînant la responsabilité du prévenu?
C'est dans l'examen attentif de L…, dans l'observation prolongée à laquelle nous l'avons soumis, dans les réponses qu'il a faites à nos questions, dans les pièces même du dossier, que nous trouvons les éléments d'une conviction absolue, et les conclusions qui nous sont demandées. L… est détenu depuis le 7 octobre; nous le trouvons à la prison de Mazas, et dès notre première visite, nous pouvons constater combien son intelligence est peu active, combien sa mémoire est affaiblie. Il a peine à se souvenir du nombre de jours écoulés depuis son arrivée à la prison, et nos tentatives pour l'amener à faire un calcul d'une extrême simplicité n'aboutissent qu'à cette réponse: «Voyez-vous, messieurs, les chiffres, ce n'est pas mon fort.» Nous l'avons visité un grand nombre de fois, et voici le résumé de nos longues entrevues avec lui. Il nous est impossible de laisser aux discours de L… leur physionomie réelle; avec quelque soin que nous ayons cherché à les reproduire, ils sont tellement diffus, incohérents même, que rien n'est plus difficile que de les fixer, et, involontairement nous leur donnons une suite qu'ils n'ont pas, et qui ne peut manquer de les faire considérer comme moins déraisonnables qu'ils ne le sont en réalité.
Cependant, il y a, dans le courant de ces récits, qui nous transportent tout à coup de Paris jusqu'en Californie, des expressions caractéristiques, des phrases qui traduisent un état mental tout spécial, et qui ont été pour nous une nouvelle source de convictions.
D. Depuis combien de temps êtes-vous ici?
R. Je suis à la préfecture depuis le 7 octobre.
D. Combien cela fait-il de temps?
R. Je ne sais pas, un mois et quelques jours.
D. De quel mois?
R. (Avec hésitation), de décembre, non, de novembre.
D. Pourquoi avez-vous été arrêté?