Vive Pécuchet! Décidément c'était lui, corps et âme. Je reconnus sur sa table et sur ses tablettes l'Encyclopédie Roret, le Manuel du Magnétiseur, le Fénelon, les deux noix de coco. Il avait sur le dos sa vieille camisole en indienne. Ses jambes, prises comme autrefois en des tuyaux de lasting noir, manquaient, comme autrefois, de proportion avec le buste. Il semblait toujours porter perruque, tant ses mèches tombaient plates de son crâne élevé! Son nez descendait plus bas que jamais. Il avait conservé, revu et augmenté, cet air sérieux qui, dès le premier abord, frappa, conquit Bouvard.
«Au fait, qu'est-il devenu, Bouvard? Car vous voilà seul.
—Hélas! ne m'en parlez pas. Pauvre ami!
—Eh quoi?
—Je suis veuf de lui!»
Pécuchet eut une larme.
«Cela a dû être bien triste pour vous. Comment a-t-il succombé?»
Pécuchet eut un sanglot.
«Il était de la Commune. Il a été fusillé au Luxembourg.»
A mon tour, je fus suffoqué par l'étonnement. Bouvard fédéré, Bouvard fusillé! Le bon, le gai, le rond Bouvard, Bouvard le rabelaisien!