Bon! quelque temps après, Jim se procura…»

A ce point de son récit, Simon Wheeler s'entendit appeler dehors par son nom.

«Restez tranquillement ici, me dit-il; je vais voir ce qu'on me veut, je reviens dans une seconde.»

Mais, avec votre permission, j'étais suffisamment édifié sur le compte de Jim. Je pris aussi le chemin de la porte. Sur le seuil, je rencontrai Simon qui rentrait bien vite. Il m'arrêta par un bouton de mon paletot, et reprit avec placidité son histoire:

«Eh! bien, voyez-vous, ce brave Smiley se procura une autre fois une vache borgne et dénuée de toute espèce de queue…

—Que Smiley, sa vache borgne et toute sa ménagerie aillent se faire pendre ailleurs!» m'écriai-je avec toute la bénignité dont je fus capable.

Sur ce, je souhaitai le bonsoir à mon vieux bavard et je m'esquivai rapidement.

Le Journalisme dans le Tennessee

Le médecin me persuada qu'un climat plus doux me ferait du bien. Je partis donc pour le Tennessee, et bientôt ma collaboration fut acquise au journal La Gloire du matin et le Cri de guerre du comté de Johnson. Quand je vins me mettre à la besogne, je trouvai le rédacteur en chef assis sur une chaise boiteuse et renversée en arrière; ses pieds reposaient en l'air sur une table de bois blanc. Il y avait dans la salle une autre table de bois blanc et une autre chaise invalide, toutes deux à moitié ensevelies sous des journaux, des feuilles de papier et des fragments de manuscrits. On y voyait, en outre, un crachoir à base de sable, rempli de bouts de cigare et de jus de chique, et un poêle dont la porte pendait par le gond supérieur. Le rédacteur en chef portait un habit noir à longue queue et un pantalon de toile blanche. Ses bottes étaient petites et soigneusement cirées. Il avait une chemise à manchettes, une large bague à cachet, un col droit d'un modèle démodé et un mouchoir à carreaux dont le bout pendait. Date du costume: vers 1848. Il était en train de fumer un cigare et de chercher des phrases. En se passant la main dans les cheveux, il avait notablement dérangé l'harmonie de sa coiffure. Il avait l'air épouvantablement renfrogné; je jugeai qu'il s'était mis à confectionner un article d'une espèce particulièrement noueuse. Il me dit de prendre les journaux reçus à titre d'échange, de les parcourir, et de condenser sous la rubrique: «Esprit de la presse du Tennessee» tout ce que j'y trouverais d'intéressant.

J'écrivis ce qui suit: