«Ah! dit-il, c'est cet animal de Smith, du Volcan de morale. Il a eu son compte hier.»

Et il tira de sa ceinture un revolver de marine. Il fit feu. Smith tomba, atteint à la cuisse. Smith se préparait à tirer un second coup. La direction de son arme fut faussée et le coup blessa un tiers. Le tiers, c'était moi. Un simple doigt enlevé.

Le rédacteur en chef poursuivit ses ratures et corrections. Comme il finissait, une bombe portative tomba par le tuyau du poêle et l'explosion brisa ce petit monument en mille morceaux. Cela n'occasionna, du reste, aucun autre accident, si ce n'est qu'un éclat vagabond m'emporta deux dents.

«Ce poêle est tout à fait démoli,» dit le rédacteur en chef.

Je répondis que je pensais qu'il l'était.

«Bien, n'en parlons plus. Nous n'avons pas besoin de poêle par ce temps-ci. Je sais qui a fait le coup. Je le rattraperai. Maintenant, tenez, voici comment il faut rédiger vos machines.»

Je repris le manuscrit.

Il était criblé de ratures et de surcharges, à ce point qu'une mère ne l'aurait pas reconnu, s'il avait pu avoir une mère. Voici comment il s'exprimait maintenant:

ESPRIT DE LA PRESSE DU TENNESSEE

«Les invétérés faussaires du journal Le Tremblement de Terre semi-hebdomadaire sont évidemment en train de faire avaler par quelque noble et chevaleresque imagination une autre de leurs viles et brutales fourberies par rapport à cette superbe conception, une des plus glorieuses du XIXe siècle, le chemin de fer de Rosseteigne. L'idée que Sotteville devait être laissée de côté est sortie de leur propre cerveau, de leur cerveau obscène et stupide, ou plutôt des couches fécales qu'ils considèrent comme leur cerveau. Quant à leur dégoûtante carcasse de reptile, elle mérite une correction exemplaire.