Et elles vous usent plus de pommade qu'une demi-douzaine de laquais. Si vous les accusez d'en voler, elles mentent, elles jettent les hauts cris. Croyez-vous qu'elles aient souci d'un avenir quelconque? En aucune façon. Croyez-vous qu'elles pensent à une autre vie, à un autre monde? Vous voulez rire.

Si vous laissez une minute votre clé sur votre porte, quand vous revenez prendre quelque chose que vous avez oublié en sortant, elles vous enferment et descendent la clé au concierge. Elles agissent ainsi sous le futile prétexte de protéger votre bien contre les voleurs; mais, en réalité, pour vous faire crier par la fenêtre, ameuter la population, et manquer des rendez-vous.

Elles viennent toujours, pour faire votre lit, avant que vous ne soyez levé, détruisant ainsi votre repos et vous infligeant une fièvre perpétuelle. Mais une fois que vous êtes levé, elles ne reviennent plus de la journée.

Elles font tout le mal possible, avec toute la mesquinerie possible, et cela par simple perversité, pas autrement.

Les femmes de chambre sont dénuées de tout instinct généreux; elles ignorent tout sentiment humain.

Je les ai maudites, pour le soulagement des célibataires outragés. Elles le méritent. Je veux consacrer le reste de mes jours à faire voter, par notre Corps législatif, une belle et bonne loi abolissant les femmes de chambre, les abolissant à jamais. Voila!

L'Infortuné Jeune Homme d'Aurélie

Les faits que je relate, je les ai trouvés dans une lettre venant d'une jeune personne qui habite la magnifique cité de San-José. Cette jeune personne m'est parfaitement inconnue, et signe simplement: Marie-Aurélie. Ce peut être un pseudonyme; mais n'importe! la pauvre fille a le coeur brisé par les nombreux malheurs qu'elle a subis; en outre, les avis contradictoires d'une foule d'amis plus ou moins bien inspirés et d'ennemis plus ou moins insidieux, l'ont jetée dans une telle confusion d'esprit, qu'elle ne sait plus comment faire pour sortir des inextricables difficultés où elle se trouve engagée presque sans espoir. Dans cet embarras, elle se tourne vers moi et me supplie de venir à son aide, et elle a une éloquence qui toucherait le coeur d'une statue. Écoutez donc son histoire.

Vers sa seizième année, elle se prit à aimer, de toute la puissance d'une nature expansive, un jeune homme de New-Jersey, nommé William Breckinridge Caruthers, qui avait cinq ans de plus qu'elle. Ils se fiancèrent avec l'assentiment de leurs parents et amis, et tout d'abord il sembla que leur carrière fût destinée à être caractérisée par une absence de chagrins, habituellement inconnue à la majeure partie de l'humanité. Mais bientôt la fortune tourna. Le jeune Caruthers fut pris d'une petite vérole des plus atroces; quand il se releva, sa figure était trouée comme une écumoire et sa beauté à jamais perdue. Que fit Aurélie? Son premier mouvement fut naturellement de rompre avec lui. Mais la pitié lui vint pour son pauvre adorateur, et elle demanda seulement un peu de temps afin de se faire à cette nouvelle perspective. Le mariage fut remis à trois mois.

La veille même du jour fixé pour la célébration, Breckinridge, en regardant passer un ballon, tomba dans un puits et se cassa une jambe. On dut lui couper cette jambe au-dessus du genou. Que fit Aurélie? Naturellement, elle eut de nouveau l'idée de rompre; mais de nouveau son amour généreux triompha; on se contenta de remettre encore le mariage, pour donner au fiancé le temps de se refaire.