«Moussemond et Savourny demeurent-ils tous les deux du même côté? lui demanda le commandant lorsqu'il eut fini d'écrire.

—Non, ils habitent aux deux extrémités de la ville.

—Wilhelm, afin d'aller plus vite, vous commanderez une escouade pour chacun d'eux. Transcrivez en allemand chaque indication sur une feuille séparée. Vous garderez l'original comme justification.»

Puis, se tournant vers Rouillon:

«Vous êtes libre. Partez!»

Et comme Rouillon s'en allait:

«Mais j'y pense, Wilhelm, donnez-lui un sauf-conduit. Il se peut qu'il ait besoin de nous, comme il se peut que nous ayons besoin de lui.»

XV

Il n'y avait point dix minutes que Rouillon était parti, et les deux escouades venaient à peine de s'éloigner avec les indications transcrites, quand, à trois cents pas environ de la Villa des Roses, une vive fusillade éclata dans la campagne. Le chef allemand se dressa au bruit, jeta son cigare, ouvrit précipitamment la fenêtre. Wilhelm courut aux nouvelles.

La note écrite par Rouillon était restée sur le guéridon. Un courant d'air l'enleva, et, par la porte béante, l'emporta dans la salle à manger, où Madeleine, demeurée seule, desservait. Elle ramassa instinctivement ce bout de papier, y jeta les yeux, fut stupéfaite d'y reconnaître une écriture qui lui avait été familière, entendit les pas des officiers qui rentraient, cacha la feuille dans son corsage et regagna vite la cuisine.