Blessé au front et à l'épaule droite devant Saint-Quentin, il était retombé entre les mains de l'ennemi, et il avait été interné dans la Prusse orientale.

A son tour, il voulut savoir tout ce qui s'était passé à Verval en son absence.

«Tranquillisez-vous! dit-il à Fraisier, en apprenant les dernières manoeuvres de Rouillon, Lucile a raison de ne plus rien craindre. D'après ce que m'a montré ma mère, nous avons une fortune à présent; et je pourrai bientôt désintéresser cet homme.

—Oui, c'est la vérité, ajouta Mme Jorre, qui avait accompagné son fils. Le notaire est venu en personne, hier soir, à la maison, pour m'annoncer que, toutes informations prises, nous héritons des Moussemond. Ce malheureux Victor a été fusillé sur la côte, tandis que son père succombait dans l'incendie. Nous sommes les plus proches, et, je crois, les seuls parents qui leur survivent.

—Ne perdons pas une minute! reprit André. Monsieur Fraisier, accompagnez-moi chez Rouillon. Nous ne reviendrons pas sans l'avoir vu. Je lui donnerai ma parole, et au besoin ma signature. Il faut que ses poursuites cessent immédiatement.

XXII

Ils rencontrèrent Rouillon devant sa porte. Il rentrait chez lui. Il ne put décliner leur visite et les introduisit dans son bureau. André lui soumit l'état de la situation dressé pour Mme Jorre par le notaire et s'offrit comme caution de Fraisier.

«Mais Fraisier ne pourra jamais vous rembourser! fit Rouillon, étonné au point d'en oublier ses intérêts pécuniaires. Il est insolvable. Pourquoi le garantissez-vous?

—J'espère être bientôt de sa famille.

—Vous! Comment?