Il pénétra, avec elle, dans une cour formant terrasse, d'où l'on dominait la campagne et d'où l'on pouvait descendre, par un escalier de quelques marches, au jardinet allongé jusqu'à la rivière.

Entre les vieux murs tapissés de lierre, de vigne vierge et de chèvrefeuille, sous les dernières lueurs du jour, une jeune fille jouait au volant avec une fillette. En apercevant le nouveau venu, elles s'arrêtèrent.

«Continuez, je vous prie, mademoiselle Lucile! dit-il à la plus grande.
Ce jeu est charmant.»

Et, soulevant la plus petite pour l'embrasser au front, il ajouta:

«Tu n'as pas peur de moi, n'est-ce pas, Linette? Combien aviez-vous de points? demanda-t-il en s'avançant vers Lucile, qui, instinctivement, évitait son regard. Je vous ai interrompues. C'est moi qui ai fait tomber le volant. Reprenez où vous en étiez, sans décompter!

—Y pensez-vous, monsieur Rouillon, fit leur mère. Linette a déjà joué plus d'une heure. Elle est lasse, elle devient maladroite. D'ailleurs, au clair de lune, on n'y voit pas comme en plein jour; et il est grand temps de se retirer.

—Fraisier est au café?

—Il doit y être.

—J'ai à lui parler.

—Linette, va chercher ton père. Monsieur Rouillon, asseyez-vous; il sera ici dans deux minutes.»