«Adieu! reprit-elle tranquillement; si vous aviez été malheureux, je vous aurais proposé… Mais je vais vous sembler folle. Eh bien oui! je vous aurais proposé, quelque étrange et invraisemblable que cela puisse vous paraître, d'en finir ensemble, ici, ce soir. Nous nous serions aimés là-bas, autre part, je ne sais où, très loin. Mais vous ne comprenez pas, peut-être parce que vous êtes Français. Adieu!»
Et, comme il allait partir, plein d'une stupeur mal dissimulée:
«Voulez-vous que je vous embrasse?» fit-elle.
Elle l'embrassa sur le front, simplement, avec une sérénité grave.
Puis:
«Au fait, dites-moi où vous demeurez; je vous enverrai une fleur ou un livre, un jour que je penserai à vous.»
III
Il s'en alla, songeur; et, en vrai Parisien, il crut avoir été mystifié. Il eut un doute, puis un éclat de rire, rentra accablé de fatigue, dormit sans rêver, et le lendemain pensa à autre chose.
Un mois plus tard, il reçut une belle pensée de velours sombre dans une lettre où il lut ces mots:
«Vous êtes un de ceux que j'aurais pu aimer et dont j'aurais pu être aimée, n'est-ce pas? Vous m'avez donné une heure de votre vie, et, ma folie, vous l'avez excusée. Je vous envoie cette fleur, car je me décide à m'en aller de ce monde, cette nuit, toute seule. C'est ma faute; j'ai mal choisi, je suis abandonnée. Je ne sais pourquoi je voudrais que vous pleuriez en lisant ceci. Adieu, ami! vivez heureux. Si les morts peuvent quelque chose pour les vivants, je vous promets de ne vous point oublier.»