Dès qu'elle n'était plus là, il retrouvait, d'ailleurs, toute sa lucidité.
A loisir, avec science et amour, il avait préparé le filet où il devait prendre cette précieuse demoiselle.
Une profonde habileté n'était pas nécessaire. Constant Fraisier, beau parleur, joueur passionné, tempérament flâneur et frivole, menait ses affaires d'une façon déplorable. Sa femme et sa fille faisaient merveille; mais lui, ce panier percé, il avait toujours besoin d'argent.
Rouillon vint à son aide, par hasard, en bon garçon, pour l'obliger, entre deux petits verres et deux carambolages.
Il lui prêta d'abord quelques billets de cent francs; puis, sans trop se faire prier, mais en prenant les meilleures garanties, quelques billets de mille francs.
Bref, il avait actuellement entre ses mains les destinées de la famille.
Il pouvait, en un clin d'oeil, poursuivre, exécuter, ruiner son débiteur. Et sous le sentiment sérieux qui le rendait parfois si timide et si gauche, il éprouvait, à se sentir maître de la situation, un plaisir cruel de chat jouant avec la souris.
V
Le café n'était pas loin. Au bout de quelques minutes, Linette ramena son père.
«Vous avez à me parler, Rouillon?» dit Fraisier, visiblement inquiet.