Dans les plaines, au contraire, l'hiver présentait à peu près les mêmes caractères qu'à Paris; mais s'il a été en bien des points plus rigoureux que celui de 1829–1830, il est certain qu'il s'est étendu beaucoup moins, et il semble même que, dans certaines régions de la France, il a été moins rude, non seulement que celui de 1830, mais même que celui de 1870–1871.

Dans le Cantal, dans l'Ariège, on a eu pendant la plus grande partie de l'hiver une température printanière.

Le midi n'a guère souffert. A Montpellier, la moyenne de décembre est +0°.85, de beaucoup inférieure à la moyenne normale, mais supérieure cependant à la moyenne de janvier 1872. Grâce à la constante sérénité du ciel, l'écart entre la température minima et la température maxima d'une journée a toujours été considérable. Tandis que le matin la température descendait fréquemment à −8 degrés, −9, et même −11, elle atteignait dans l'après-midi +10, +12, et même +15 degrés, avec un écart double au moins de celui de Paris. En France, les froids se sont surtout fait sentir dans le centre et dans l'est, et là ils ont été, comme à Paris, plus rigoureux qu'ils ne l'avaient jamais été.

Le froid même augmentait à mesure qu'on allait vers l'est, de sorte que l'hiver, à Nancy, par exemple, a été, proportionnellement au climat de cette ville, tout aussi rude qu'à Paris. Le tableau suivant nous le montrera.

Mois.Températures normales calculées d'après 10 ans d'observationsMoyennes pour 1879–1880.Différences.Température minima.Nombre des jours de gelée.
Novembre+4°.06 +2.09−1°.97−8°12
Décembre+0.88−8.58−9.41−22.429
Janvier+0.78−2.64−3.42−16.027
Février+7.00+3.05+6.05+10.811

Nous voyons qu'à Nancy les moyennes ont été plus basses qu'à Paris, mais cependant un peu moins éloignées des moyennes normales. De plus, la température minima de l'hiver n'a été que de −22°.4, moins froide que celle de Paris. Mais cela tient surtout à ce que les observations du tableau précédent ont été faites dans l'intérieur de la ville, où la température est toujours plus élevée en hiver que dans les champs. Et, en effet, en rase campagne, à la station météorologique de Bellefontaine, tout près de Nancy, le minimum du 8 décembre a été de −30 degrés, température observée scientifiquement, comme cela a lieu pour les observations parisiennes, c'est-à-dire avec un bon thermomètre placé sous abri. Les moyennes de la station de Bellefontaine sont certainement beaucoup plus basses que celles de Nancy.

A Logelbach, près de Colmar, la moyenne de décembre a été −8°.7, et celle de janvier −4°.1.

Voici, pour terminer, une liste de quelques-unes des températures les plus basses observées en divers points de la France pendant cet hiver; elles se sont presque toutes produites dans le voisinage du 9 décembre.

Charolles−24 degrés.
Melun−25
Joigny (Yonne)−27
Chaumont −27
Soissons−28
Orléans−28
Toul−29
Monceau-les-Mines−29
Près de Nancy−30
Autun−31
Langres−33

Dans les Vosges, on aurait même observé la température de −35 degrés. Même en ne tenant pas compte de cette dernière observation, nous voyons que le minimum de Langres, −33, est le plus bas qui ait jamais été cité pour la France. La plus froide température observée jusqu'à ce jour avait été de −31 degrés à Pontarlier, en 1794. Dans cette ville même, ce froid a été dépassé le 8 décembre 1879.