Revenons à notre lettre du 1er avril. Elle ne fit qu'irriter l'impatience de Madame de Custine, qui insiste et veut faire des démarches quand même. Le lendemain Chateaubriand lui répond avec plus de laconisme.

Puisque vous le voulez, soyez donc à dix heures et demie à ma porte. Je vais chez le roi à 10 heures 3/4.

Jeudi matin (3 avril).

Cette fois Madame de Custine éclate. Elle se répand en plaintes et en reproches. Probablement au lieu de se rendre «à la porte» du Ministère des affaires étrangères pour un entretien de dix minutes, elle envoie une lettre courroucée, que nous ne connaissons d'ailleurs que par la réponse que voici:

Mon indifférence! Vous n'y croyez pas. Mes bienfaits! Vous vous moquez de moi. Je n'en ai point à répandre et je ferais pour Astolphe ce que je ne ferais pas pour moi-même. Si j'avais le temps de vous expliquer pourquoi je ne puis vous demander à l'Intérieur, vous seriez convaincue que je ne mets point d'indifférence, dans l'impossibilité absolue où je me trouve d'écrire ni à M. Capelle, ni à M. Corbière.

J'irai vous voir avant votre départ.

Vendredi matin (4 avril).

Madame la Marquise de Custine.

Il est clair que malgré tout ce mouvement, avec toute l'irritation qu'elle ressent, les affaires de Madame de Custine ne marchent pas aussi vite qu'elle le voudrait. Le bon vouloir de Chateaubriand ne lui suffit pas; elle le poursuit, elle le harcèle. Après quelque temps de ce manège d'une femme qui exige tout, même l'impossible, Chateaubriand, cette fois impatienté, lui répond:

Oserai-je vous prier de n'être pas si folle?