5o de perdre la vie qu'ils possédaient par une cause qui est en eux-mêmes[38].
Finalement, par ses méditations constantes sur les phénomènes communs à tous les êtres organisés «dont la totalité peut être regardée comme un laboratoire immense et toujours actif», Lamarck fut conduit à la conception d'une science générale de la vie, qu'il exposa dans les termes suivants:
«La vie que les corps vivants possèdent, ainsi que les facultés qu'ils en obtiennent, les distinguent essentiellement des autres corps de la nature. Ils offrent en eux, et dans les phénomènes divers qu'ils présentent, les matériaux d'une science particulière qui n'est pas encore fondée, qui n'a pas même de nom, dont j'ai proposé quelques bases dans ma Philosophie zoologique, et à laquelle je donnerai le nom de Biologie.
«On conçoit que tout ce qui est généralement commun aux végétaux et aux animaux, comme toutes les facultés qui sont propres à chacun de ces êtres sans exception, doit constituer l'unique et vaste objet de la Biologie; car les deux sortes d'êtres que je viens de citer sont tous essentiellement des corps vivants et ce sont les seuls êtres de cette nature qui existent sur notre globe.
«Les considérations qui appartiennent à la Biologie sont donc tout à fait indépendantes des différences que les végétaux et les animaux peuvent offrir dans leur nature, leur état, et les facultés qui peuvent être particulières à certains d'entre eux»[39].
Les vœux de Lamarck sont aujourd'hui réalisés. Non seulement, la Biologie s'est constituée avec le caractère de haute généralité qu'il désirait; mais encore elle a conservé le nom de baptême qu'il lui a donné.
Anatomie générale.—Anatomie descriptive.—Histoire naturelle.
En anatomie générale, universalisant la notion que le génie de Bichat avait seulement étendue à la considération de l'ensemble de l'organisme humain qui lui était plus familière, Lamarck a montré que le tissu cellulaire doit être regardé «comme la gangue dans laquelle tout organisme a été formé».[40]
«Le tissu cellulaire, dit-il, est la matrice générale de tout organisme, et, sans ce tissu, aucun corps vivant ne pourrait exister et n'aurait pu se former.»
De plus, observant que les divers tissus des végétaux cotylédonés ne sont que du tissu cellulaire modifié, il soutient que tous les organes se forment au milieu et aux dépens de ce tissu.