| Organes | de la digestion; |
| » | de la respiration; |
| » | du mouvement; |
| » | de la génération; |
| » | du sentiment; |
| » | de la circulation. |
Cette prééminence, accordée par Lamarck, dans la hiérarchie animale, aux organes de la vie végétative, représentait le côté défectueux de sa méthode; car il est bien manifeste que la supériorité relative des animaux résulte surtout de ce qui caractérise le mieux l'animalité, c'est-à-dire du développement de leurs facultés intellectuelles et morales et de locomotion, ou, plus exactement, de leur système nerveux.
D'ailleurs, infidèle lui-même, en certains points, à sa propre méthode, Lamarck proposa finalement de disposer, hiérarchiquement, les trois groupes qu'il reconnaissait dans le règne animal, «en considérant l'exclusion ou la possession des facultés les plus éminentes dont la nature animale puisse être douée, savoir le sentiment et l'intelligence», et il dressa pour la série animale l'échelle que voici[47]:
DISTRIBUTION GÉNÉRALE ET DIVISIONS PRIMAIRES DES ANIMAUX
| Animaux sans vertèbres. | |
|---|---|
| I. Animaux apathiques. 1. Les Infusoires. 2. Les Polypes. 3. Les Radiaires. 4. Les Vers. (Épizoaires). | Ils ne sentent point, et ne se meuvent que par leur irritabilité excitée. Caract.Point de cerveau, ni de masse médullaire allongée; point de sens; formes variées; rarement des articulations. |
| II. Animaux sensibles. 5. Les Insectes. 6. Les Arachnides. 7. Les Crustacés. 8. Les Annélides. 9. Les Cirrhipèdes. 10. Les Mollusques. | Ils sentent, mais n'obtiennent de leurs sensations que des perceptions des objets, espèces d'idées simples qu'ils ne peuvent combiner entr'elles pour en obtenir de complexes. Caract. Point de colonne vertébrale; un cerveau et le plus souvent une masse médullaire allongée; quelques sens distincts; les organes du mouvement attachés sous la peau; forme symétrique par des parties paires. |
| Animaux vertébrés. | |
| III. Animaux intelligents. 11. Les Poissons. 12. Les Reptiles. 13. Les Oiseaux. 14. Les Mammifères. | Ils sentent; acquièrent des idées conservables; exécutent des opérations entre ces idées, qui leur en fournissent d'autres; et sont intelligents dans différents degrés. Caract. Une colonne vertébrale; un cerveau et une moelle épinière; des sens distincts; les organes du mouvement fixés sur les parties d'un squelette intérieur; forme symétrique par des parties paires. |
Cette échelle animale, sur laquelle Lamarck donne, ailleurs, des détails scientifiques beaucoup plus explicites[48] et qui ne cessa jamais de faire l'objet de ses méditations, avait principalement, dans sa pensée, une valeur didactique; il la considérait comme un artifice logique, comme un grand instrument pédagogique, comme une sorte de tableau synoptique, dont on devait faire usage dans les ouvrages et dans les cours, «pour caractériser, distinguer et faire connaître les animaux observés», et pour résumer, dans une intense condensation, les connaissances acquises «sur la progression des différentes organisations animales, considérées chacune dans l'ensemble de leurs parties, en s'aidant des préceptes qu'il avait proposés»[49].
Mais, simultanément, comme nous le montrerons ensuite, Lamarck se proposa de dresser une échelle des animaux, conformément à leur ordre présumé de formation[50], persuadé qu'il était que «la nature n'opérant rien que graduellement, et, par cela même, n'ayant pu produire les animaux que successivement, a, évidemment, procédé, dans cette production, du plus simple vers le plus composé.»
Cette tentative était prématurée à une époque où la paléontologie naissait à peine; néanmoins, jointe à ses autres travaux biotaxiques, elle contribue à faire de Lamarck le continuateur immédiat d'Aristote et de Linné et l'instituteur définitif de la série animale, dont la notion et l'usage ont si puissamment secondé les recherches et les découvertes biologiques du XIXe siècle.