«4o enfin d'effectuer la formation des idées, des jugements, des pensées, de l'imagination, de la mémoire, etc.»[61].

Avec Cabanis, Lamarck admettait, en effet, que «les deux grandes modifications de notre existence, qu'on nomme le physique et le moral, et qui offrent deux ordres de phénomènes, si séparés en apparence, ont leur base commune dans l'organisation»[62].

Pour lui, «le physique et le moral ont une source commune; les idées, la pensée, l'imagination même ne sont que des phénomènes de la nature, et conséquemment que de véritables faits d'organisation»[63].

«On ne saurait douter, maintenant, que les actes d'intelligence ne soient uniquement des faits d'organisation, puisque, dans l'homme même qui tient de si près aux animaux par la sienne, il est reconnu que des dérangements dans les organes qui produisent ces actes, en entraînent dans la production des actes dont il s'agit et dans la nature même de leurs résultats»[64].

Lamarck niait donc qu'il y eût, dans la source originelle des facultés intellectuelles et morales «quelque chose de métaphysique, quelque chose qui soit étranger à la matière»[65].

«Quel est, demandait-il, cet être particulier qu'on nomme esprit et qui est, dit-on, en rapport avec les actes du cerveau, de manière que les fonctions de cet organe sont d'un autre ordre que celles des autres organes de l'individu?»

«Je ne vois, dans cet être factice, dont la nature ne m'offre aucun modèle, qu'un moyen imaginé pour résoudre des difficultés que l'on n'avait pu lever, faute d'avoir étudié suffisamment les lois de la nature»[66].

Bref, Lamarck soutenait, avec Gall: que les facultés, intellectuelles et morales ont un siège organique; que ce siège est le cerveau; que le développement de ces facultés correspond à celui de l'appareil dans lequel elles résident[67]; que cet appareil n'est pas simple et que ces facultés elles-mêmes sont multiples[68].

Enfin, comme le grand biologiste, dont je viens de rappeler le nom et dont le génie fut aussi d'abord méconnu, Lamarck entreprit l'analyse des facultés intellectuelles et morales; il les a décomposées en trois grands groupes distincts: le sentiment, l'intelligence, la volonté, et, procédant à une étude plus approfondie du premier, attendu que, dans le domaine du moraliste, une part importante revient au naturaliste[69], il montrait que, du penchant fondamental à la conservation, dérivent, naturellement: le penchant à la reproduction; la tendance vers le bien-être; l'amour de soi-même; le penchant à dominer[70], et que la diversité des hommes provient surtout des différences qui existent entre eux, sous le rapport de la naissance, de la constitution physique, de l'âge, de l'éducation, des habitudes, des occupations, de la fortune, de la situation sociale[71].

Avec une admirable clairvoyance, Lamarck a même nettement aperçu le danger que présente le développement intellectuel, à l'exclusion du développement moral: