Le fait de vouloir que ces quatre anarchismes, qui n’ont qu’un point commun, celui de ne pas s’entendre, aient néanmoins conclu une entente dans le seul but appréciable d’inaugurer la loi nouvelle et d’attraper vingt ans de travaux forcés, n’est-ce pas là le signe d’un cinquième anarchisme, qui n’est pas le moins périlleux ? Je l’appellerai, s’il vous plaît : l’anarchisme judiciaire… (Mouvement).
Voyons ! Vous dites que Jean Grave s’affilie : donnez-lui des affiliés !
Vous avez eu tout le temps de réunir vos pièces ! Vous avez grandi jusqu’à son apogée l’art policier de la perquisition ! Vous avez arrêté des centaines d’anarchistes ! Vous les avez emprisonnés, mis au secret ! Vous n’avez rien négligé pour les faire parler ! Si vous les avez relâchés, c’est qu’ils n’étaient pas coupables. S’ils n’étaient pas coupables, c’est qu’ils n’étaient pas associés ? S’ils n’étaient pas associés, comment Jean Grave a-t-il pu s’affilier à leur association ?
Et pourtant, cette foule anonyme, invisible comme une fiction, qui échappe au banc des assises et ne fournit à votre parole que l’image imprécise d’un péril indéterminé, vous vous tournez vers le jury et vous dites :
« Voilà l’association organisée par Jean Grave ! Ces êtres, que je ne connais pas, que je ne puis vous livrer, parce que je les ignore, ou que, les ayant arrêtés, j’ai dû les relâcher faute de preuves, ces êtres fictifs ou absents, ces innocents ou ces fantômes, voilà les malfaiteurs avec qui Jean Grave s’entend pour détruire la bourgeoisie ! »
Étrange association où il n’y a point d’associés !
Affiliation bizarre qui consiste en un journal et où il n’y a d’affiliés que les numéros de la Révolte !
Entente inouïe jusqu’alors, qui ne repose que sur des phrases, et où les seuls complices sont des idées et des mots !
C’est ce que M. l’avocat général appelle :
« L’association par la voie du journal ! »