De jeunes lieutenants ou de vieux généraux qui, du matin au soir, ont les oreilles brisées par le bruit du tambour et les yeux éblouis par les étincellements du drapeau, et qui ne sentent dans le cœur qu’un amour, qu’une ivresse, la noble ivresse, le saint amour de la Patrie !

Ah ! ils ne sont pas des internationaux, eux !

Leur horizon est borné par le fleuve et par la montagne, et s’ils jettent un regard de l’autre côté de la frontière, ce n’est pas pour consulter la cote des valeurs étrangères, mais pour voir s’ils n’aperçoivent pas sur les routes une poussière qui annonce les canons ennemis !

Et quel est donc le général qui commande à la Banque de France ?…

On compare la Banque de France à nos forteresses, messieurs ! On proclame qu’elle joue à l’égard de nos fortunes le rôle que jouent nos forteresses à l’égard de nos libertés ! Et il serait possible de ne pas éprouver une patriotique angoisse, quand on voit la féodalité internationale partout maîtresse souveraine, partout la reine incontestée ! Messieurs, bientôt, si cela continue, il n’y aura plus de nations, non parce que les anarchistes les auront dynamitées, mais parce que les ploutocrates les auront achetées, envahies et salies !… (Mouvement prolongé dans l’audience).

Voilà, messieurs, la grande idée antisémitique : nous sommes des nationaux qui avons la passion du pays, des Français, des gens du terroir. Nous ne venons ni de Cobourg ni de Coblentz, ni de Mayence ; nous sommes nés dans ce pays ; nos pères et nos mères y sont nés. Nos aïeux et nos aïeules y sont nés eux aussi. Et c’est précisément parce que, suivant une belle expression, nous sommes l’aboutissant d’une longue série d’aspirations françaises, qu’en nous sentant pénétrés par un appétit ennemi de notre idéal, nous éprouvons ces mélancolies indicibles, et aussi ces rages terribles qui se traduisent par les tristesses et les colères de Drumont ! Ces colères, elles ne sont point celles d’un diffamateur, mais celles d’un patriote. Il y a des colères qu’il faut punir, messieurs, parce qu’elles sont des colères hypocrites ; il en est d’autres qu’il faut saluer, parce qu’elles sont de merveilleuses énergies !…

Messieurs, ces énergies sublimes, ces colères saintes ont parfois des excès regrettables ; mais faut-il pour cela en tarir la source féconde ?… (Sensation).

Ce qui m’intéresse, à cette heure, c’est de savoir ce que vont faire douze jurés de France, douze hommes de notre race, de notre tempérament, en présence d’un accusé qui les incarne et les résume.

Je crois qu’ils agiront comme agiraient les magistrats eux-mêmes, s’il n’était pas question de Drumont et si la haine n’altérait pas la sérénité des esprits. Ce problème, ils le résoudront de la seule façon dont on puisse le résoudre, c’est-à-dire d’une façon française.

Que voulez-vous, messieurs, M. Drumont est un mystique, il faut le prendre comme il est. Il a les défauts et les qualités des mystiques.