Tu auras ce que tu désires: ton ambition est modeste. Livre-toi bravement à nos ministres[76].

STREPSIADE.

Bien volontiers! Je crois en vous! D'ailleurs il n'y a pas à reculer, avec ces chevaux pur-sang et ce sot mariage qui m'ont ruiné! Que vos ministres fassent de moi ce qu'ils voudront; je me livre à eux, corps et âme: les coups, la faim, la soif, le chaud, le froid, je supporterai tout! Qu'on fasse une outre de ma peau, pourvu que je ne paye pas mes dettes; pourvu que j'aie la réputation d'être un hardi coquin, beau parleur, impudent, effronté, gredin, colleur de mensonges, finassier, chicanier, plein de rubriques, vrai moulin à paroles, renard, vilebrequin, souple comme une courroie, glissant comme une anguille, trompeur, blagueur, insolent, scélérat, sans foi ni loi! oui, voilà tous les titres dont j'ambitionne qu'on me salue! à cette condition, qu'ils me traitent à leur guise; et, s'ils le veulent, par Cérès! qu'ils fassent de moi du boudin et me servent aux libres penseurs!

Comment ne pas recevoir aussitôt un néophyte si fervent? Socrate lui fait passer, seulement pour la forme, un petit examen d'admissibilité.

SOCRATE.

Voyons. As-tu de la mémoire?

STREPSIADE.

Cela dépend: si l'on me doit, j'en ai beaucoup, mais si je dois, hélas! je n'en ai pas du tout[77].

SOCRATE.

As-tu de la facilité naturelle à parler?