On apporte le Juste et l'Injuste (c'est-à-dire le raisonnement droit et le raisonnement sophistique) dans une cage, comme deux coqs de combat: ces combats étaient à la mode alors. Ainsi se mêlent toujours habilement la discussion morale et la fantaisie.
Ce spectacle bizarre, cette escrime curieuse où s'entrechoquaient des paradoxes spirituels et des pensées élevées, dans un dialogue plein de verve, devait charmer l'esprit des Athéniens. Un Athénien de Paris, Alfred de Musset, n'y prenait pas moins de plaisir. «C'est, dit-il, la plus grave et la plus noble scène que jamais théâtre ait entendue.»
Mettons encore au-dessus, toutefois, celle de la Pauvreté, dans Plutus, que nous analyserons plus loin.
Les deux coqs se provoquent et sortent de la cage; ils ergotent et se livrent un assaut.
LE JUSTE.
Tu es bien insolent!
L'INJUSTE.
Et toi bien ganache!…
Ils se disputent Phidippide. Le chœur s'interpose, selon sa coutume, et ramène la querelle à des procédés réguliers. Par sa voix, se révèle ici tout le dessein, toute la pensée d'Aristophane, soit dans cette pièce, soit dans les autres: le passé opposé à l'avenir.
Trêve de combats et d'injures! Mais exposez, toi, ce que tu enseignais aux hommes d'autrefois, et toi l'éducation nouvelle; afin qu'après vous avoir entendus contradictoirement, ce jeune homme choisisse.