Bdélycléon, pour consoler son père, confirme les promesses qu'il lui a faites, d'une vie douce, large et heureuse.

Comme il faut que la comédie s'achève par toutes les folies ordinaires, qui sont une nécessité des Dyonisies, le vieillard, avec plus ou moins de vraisemblance, se laisse enfin persuader. On l'habille à la mode du jour, en beau jeune homme, en élégant Athénien; on lui montre les belles manières.—C'est quelque chose d'analogue, pour la fantaisie à cœur-joie, aux scènes du Bourgeois Gentilhomme avec son tailleur, et aussi à celles du Malade imaginaire, lorsqu'il se laisse si facilement transformer en jeune bachelier, pour être reçu médecin.—Tous les détails de la vie élégante et du bel air, sont reproduits dans cette scène, qui devait être très-agréable pour les contemporains par ce qu'on appellerait aujourd'hui une mise en scène réaliste. Il y a là des traits charmants, qui semblent avoir servi de modèle à Théophraste pour son Vieillard écolier;—quelque chose comme notre Ci-devant jeune homme.

Philocléon, pour mettre aussitôt en pratique les leçons de fashion qu'il vient de recevoir, tombe d'un excès dans un autre, et devient, comme on dirait aujourd'hui, un gandin parfait. Ce contraste avec le premier aspect du personnage devait divertir la foule et excuser l'invraisemblance aux yeux des spectateurs plus éclairés.

Il devient donc «buveur très-illustre et débauché très-précieux.» Il a tout-à-coup «le triple talent, de boire, de battre, et d'être un vert-galant.»

Xanthias, battu par lui, accourt, en poussant des gémissements: «Ô tortues! que vous êtes heureuses, d'avoir une si dure cuirasse, pour protéger vos côtes! Et que vous n'êtes pas bêtes, d'avoir un toit qui met votre dos à l'abri des coups! Moi, je meurs sous les coups de bâton!»

LE CHŒUR.

Qu'est-ce, mon enfant? Car, fût-on âgé, on est un enfant si on se laisse battre.

XANTHIAS.

Ne voilà-t-il pas que le bonhomme est devenu pire que la peste, et le plus ivrogne des convives? Et cependant il y avait là Hippyllos, Antiphon, Lycon, Lysistrate, Théophraste et Phrynichos; il est cent fois plus insolent qu'eux tous! Après s'être gorgé de bons morceaux, il s'est mis à danser, sauter, rire et péter comme un âne régalé d'orge, et à me battre de tout son cœur, en s'écriant: «Esclave! esclave!…» Il insultait chacun à tour de rôle, avec les plus grossières plaisanteries, il débitait cent propos saugrenus. Puis, quand il fut bien ivre, il s'achemina de ce côté, en frappant tous ceux qu'il rencontrait. Et, tenez, le voici qui vient en chancelant. Moi, je me sauve, de peur d'être battu encore.

On voit paraître alors Philocléon avec une courtisane, à peu près comme Dicéopolis à la fin de la comédie des Acharnéens. Il l'appelle son «joli petit hanneton…»