CHRÉMYLE.
Quels autres biens peux-tu donner que des brûlures au feu de l'étuve publique[137], que les cris des enfants affamés et des vieilles femmes gémissantes; que les puces, les poux, les cousins, dont le bourdonnement nous réveille et nous dit: «Lève-toi pour crever de faim!» Et quels autres habits que des haillons? quel lit, qu'une litière de joncs pleine de punaises qui nous empêchent de fermer l'œil? Pour couverture, une natte pourrie; pour oreiller, une grosse pierre sous la tête: en guise de pain, des racines de mauve; pour tout potage, des feuilles de rave sèches; pour siége, un vieux tesson de cruche; pour pétrin, une douve de tonneau fendue; voilà les biens dont tu nous combles!
LA PAUVRETÉ.
Cette vie-là n'est pas la mienne; c'est celle des mendiants que tu décris!
CHRÉMYLE.
Mendicité n'est-elle pas sœur de Pauvreté?
LA PAUVRETÉ
Comme Denys, pour vous, est frère de Thrasybule! Mais telle n'est point; telle ne sera jamais ma vie. La mendicité consiste à végéter sans posséder rien; la pauvreté, à vivre d'épargne et de travail: point de superflu, mais le nécessaire!
CHRÉMYLE.
Vie heureuse, ma foi! d'épargner et de se donner de la peine, pour ne pas laisser de quoi se faire enterrer!