Combien cette fantaisie ailée et gazouillante est au-dessus de la prétendue exactitude avec laquelle un Allemand, nommé Bechstein, a voulu noter d'après nature le chant, non pas de la huppe, mais du rossignol, qu'Aristophane n'a osé rappeler que par les sons d'une flûte! Voici l'œuvre du bon Allemand, qui n'a pas senti que, si l'onomatopée, discrètement employée, produisait par une pointe de bizarrerie un assaisonnement piquant, l'onomatopée toute seule et trop prolougée était simplement cocasse:

Tiouou, tiouou, tiouou, tiouou, Shpe tiouto koua, Tio, tio, tio, tio, Kououtiou, kououtiou, kououtiou, kououtiou, Tskouo, tskouo, tskouo, tskouo, Tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, Kouoïor tiou, tskoua pipits kouisi. Tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tsirrhading! Tsi si, tosi si si si si si si si, Tsorre, tsorre, tsorre, tsorrehi; Tsatn, tsatn, tsatn, tsatn, tsatn, tsatn, tsatn, tsi. Dlo, dlo, dlo, dlo, dlo, dlo, dlo, dlo, dlo, Kouïoo trrrrrrrizl! Lu lu lu, ly ly ly, li li li, Kouïoo didl li ioulyli, Ha guour guour, koui, kouïo! Kouïo, kououi, kououi, kououi, koui koui koui koui, Ghi, ghi, ghi! Gholl, gholl, gholl, gholl, ghia huhudoï, Koui koui, horr ha dia dia dillhi! Hets, hets, hets, hets, hets, hets, hets, hets, hets, hets, Hets, hets, hets, hets, hets, Touarrho hostehoï, Kouïa, kouïa, kouïa, kouïa, kouïa, kouïa, kouïa, kouïati, Koui koui koui, io io io io io io io, koui, Lu ly li, lolo, didi io kouïa! Higuaï, guaï, guaï, guaï, gûaï, guaï, guaï, guaï, Kouïor tsio, tsiopi!

Entre cette page et celle d'Aristophane il y a toute la différence de la lettre morte à l'esprit vivant, de l'imitation lourde à la création fantaisiste.

Vous rappelez-vous le fameux Boudoux, dont parle Alexandre Dumas dans ses Mémoires? «Boudoux, dit-il, qui ne parlait aucune langue morte, et qui, parmi les langues vivantes, ne parlait que la sienne, et encore assez mal, Boudoux, était à l'endroit des oiseaux le premier philologue, je ne dirai pas de la forêt de Villers-Coterets, mais encore, j'ose l'assurer, de toutes les forêts du monde. Il n'y avait pas une langue, pas un jargon, pas un patois ornithologique qu'il ne parlât, depuis la langue du corbeau jusqu'à celle du roitelet.»—Eh bien! Boudoux peut-être eût admiré Bechstein; il eût admiré également Raspail, qui dans la Revue complémentaire du 1er janvier 1855 donne le chant du rossignol, paroles et musique. Pour nous, à Bechstein, à Boudoux, et à Raspail lui-même, nous préférons Aristophane, dans cette légère et bizarre, mais gracieuse fantaisie.

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En entendant le double appel de la huppe et du rossignol, les oiseaux arrivent, de çà, de là. L'entrée de chaque survenant donne lieu à des mots et à des plaisanteries de toutes sortes, allusions et calembours. Peu à peu les oiseaux se pressent: en voici une multitude et enfin comme une tempête, qui fond sur la scène avec de grands cris: Torotix, torotix!… Épopo, popopo, popopopi!… Ti ti ti, ti ti, ti ti!…

PEISTHÉTAIROS.

Par Neptune! Vois donc quels tourbillons d'oiseaux!

ÉVELPIDE.

Apollon-roi! quelle nuée! Oie, oïe! ils volent si serrés qu'ils remplissent tous les passages!… Comme ils piaillent, comme ils se précipitent! quels cris! quels becs!… On dirait qu'ils nous menacent! oh là là! c'est toi et moi qu'ils regardent en ouvrant le bec.