Dans une autre légende bretonne, saint Keivin s'endormit un jour en priant, agenouillé devant sa fenêtre et les bras étendus: une hirondelle, apercevant la main ouverte du vieux moine, trouva la place bonne pour y faire son nid; le Saint, à son réveil, voyant cela et la mère qui couvait ses œufs (il paraît qu'il avait dormi longtemps), ne voulut pas la déranger et attendit pour se relever que les petits fussent éclos.

Les oiseaux jouent des rôles nombreux et variés dans les Chants populaires de la Grèce moderne[219]. C'est comme une lointaine réminiscence d'Aristophane et de Platon.

Platon, dans le Timée, esquissant quelques traits d'une métempsycose, suit les hommes dans les animaux, et dit: «La famille des oiseaux, qui a des plumes au lieu de cheveux, est formée de ces hommes innocents mais légers, aux discours pompeux et frivoles, et qui, dans leur simplicité, s'imaginent que la vue est le meilleur juge de l'existence des choses.»

Selon le docteur Yvan, dans ses Voyages et Récits, les bons Indiens, pleins du sentiment de la fraternité universelle, «veulent que les âmes des enfants morts revêtent la brillante parure des oiseaux pour habiter encore parmi les vivants.» Il y a loin de cette croyance à celle des limbes, vestibule de l'enfer, où les enfants morts sans baptême sont privés à toute éternité de la vue de Dieu. Par quel crime les pauvres petits ont-ils pu mériter cette quasi-damnation?

Crimine quo parvi cædem potuêre mereri?

Le catholicisme d'aujourd'hui n'étale plus cette croyance du moyen âge, et la voile au contraire avec le plus grand soin, de peur de révolter le cœur des mères. Au reste, qu'est devenu l'Enfer lui-même, depuis que la science ne lui laisse aucun lieu, ni la raison aucun refuge?

La Fontaine et Florian, Grandville et Kaulbach, fourniraient, aussi plus d'un trait à la comédie des Oiseaux; sans oublier vingt autres jolies légendes,—ni celle de François d'Assise, «à qui l'oiseau paraît, comme à Jésus, mener la vie parfaite: car l'oiseau n'a pas de grange; il chante sans cesse; il vit à toute heure du don de Dieu, et il ne manque de rien[220];»—ni la légende de la cigale qui chantait le Salve Regina sur le doigt de François de Sales:—la cigale aussi a des ailes.

* * * * *

Mais, quelque charmant que soit tout cela, Aristophane est plus charmant encore. Dans sa comédie pleine de fraîcheur et de gaieté, on sent partout cette adoration dont toute l'antiquité était éprise pour la beauté de la nature, avec cet amour instinctif pour tous les êtres frères de l'homme. Tout ce qu'il y a de plus gracieux, les bois, les oiseaux et les fleurs, le poëte en a recueilli les chants, les couleurs, les parfums; à mêlé tout cela dans son esprit avec les idées les plus vives, les plus piquantes, parfois les plus profondes. Ainsi est née cette œuvre exquise, légère, ailée, toute chantante, comme la Symphonie pastorale d'un Athénien du temps d'Alcibiade; œuvre d'une originalité et d'une grâce incomparables, d'une forme capricieuse et étincelante, improvisée et immortelle!

«Personne, dit Henri Heine en parlant de cette comédie, personne ne saurait traduire ces chœurs aériens qui se perdent dans l'infini, cette poésie ailée, escaladant hardiment le ciel, ces chants de triomphe de la folie, enivrants comme des mélodies de rossignols en gaieté.»