Les comédies d'Aristophane, ainsi que nous l'avons constaté, se présentent, d'une manière assez constante, comme divisées en deux parties: c'est ordinairement entre ces deux parties que se place la parabase.
Pendant que les choristes chantaient en accomplissant ce mouvement, les acteurs de la pièce avaient le temps de se reposer un peu, ou de changer de costume, s'il y avait lieu. Ainsi la parabase était un intermède.
Que cet intermède se rattachât plus ou moins à la pièce, c'est de quoi le public ne s'inquiétait guère.
Les contemporains de Molière s'inquiétaient-ils que le ballet de Polichinelle se rattachât, ou non, à la comédie du Malade imaginaire avec laquelle il s'entrelaçait? ou de voir, au cinquième acte de Psyché, Polichinelle et les matassins se mêler dans le divertissement aux personnages mythologiques[231]?» N'ai-je pas vu, à Turin, au théâtre Carignan, entremêler un ballet turc à l'opéra de Medea? Ces disparates sont habituelles en Italie.
Or, il s'en fallait de beaucoup que la parabase fût si étrangère à la pièce. Et les Athéniens s'accommodaient de cette demi-interruption, qui les reposait par la variété.
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Dans les Chevaliers, par exemple, après ce véhément assaut de Cléon et du charcutier, à coups de pieds, à coups de poings, à coups de tripes, après ce torrent d'invectives, de quolibets, d'ordures et de fou rire, on comprend que les spectateurs, autant que les acteurs, eussent besoin de respirer. Le poëte donnait un moment de repos, et mettait ce moment à profit pour exposer et pour défendre ses opinions personnelles et ses intérêts, ou ceux de la république, tels qu'il les entendait. Quand, par ses fantaisies bouffonnes et bizarres, il s'était préparé un auditoire bienveillant, il soulevait le masque et révélait au peuple toute sa pensée. Tantôt il sollicitait les applaudissements des spectateurs; tantôt il osait se plaindre de leur injustice à son égard dans une occasion précédente.
Quelque attrayante que fût l'action de la pièce, la parabase devait être, ce me semble, impatiemment attendue de l'auditoire. Elle était restée le cœur de l'ancienne comédie, comme elle en avait été le germe.
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Sur les onze comédies que nous venons d'étudier, il y en a trois qui manquent de parabase: ce sont Lysistrata, les Femmes à l'assemblée et Plutus. Nous en avons dit les raisons diverses.—Rappelons les parabases des huit autres pièces: ce sera le complément de nos Etudes sur le poëte de l'ancienne comédie.