Les deux rivaux font gloire, à qui mieux mieux, de leur friponnerie et de leur impudence. Le charcutier, comme Scapin, se vante de son habileté qui fut précoce. Il n'était pas plus haut que cela, qu'il se signalait déjà par cent tours d'adresse jolis:
«Dès mon enfance, je savais plus d'un tour. Pour attraper les cuisiniers, je leur disais: O mes amis, regardez donc! une hirondelle! Voilà le printemps!… Eux de regarder; moi, pendant ce temps, je leur chipais de bons morceaux… Ordinairement, ils n'y voyaient que du feu. Mais, si l'un d'eux s'apercevait du tour, vite je cachais la viande entre mes fesses, et je niais par tous les dieux! Ce qui fit dire à un orateur: «Voilà un enfant qui ira loin; il y a en lui l'étoffe d'un homme d'État!»
Le charcutier, par sa vive éloquence et ses chaudes répliques, prélude à sa victoire, et prouve déjà, dans cette première lutte, qu'il mérite mieux de gouverner.
Bientôt, en effet, il triomphe devant le Sénat, qu'il achète en lui promettant les sardines à bon marché, et en lui offrant un peu de coriandre et de ciboules pour les assaisonner. Le chœur, son fidèle allié, avait eu soin de le munir préalablement d'utiles conseils: «Frotte-toi le cou avec ce saindoux, et tu glisseras entre les mains de la calomnie…»
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Après une admirable parabase, dont nous reparlerons plus tard, le charcutier vient faire un récit animé de cette victoire devant le Sénat. C'est une vive parodie des manœuvres et des stratagèmes employés par les orateurs pour tromper l'auditoire, et une mordante raillerie de la crédulité et de la mobilité des assemblées.
Mais le corroyeur espère bien prendre sa revanche devant le Peuple. C'est ici une des scènes capitales de la pièce, une scène homérique et rabelaisienne, d'une philosophie profonde, d'une admirable bouffonnerie.
CLÉON.
Je te traînerai devant le Peuple, pour avoir justice de toi!