Puis, çà et là, du milieu de ce fleuve d'imagination burlesque, amphigourique et ordurière, on est étonné de voir s'élever des îlots verdoyants de poésie gracieuse et pure, pleine de suavité et de fraîcheur.

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Une bonne part de toute cette folie et de toute cette licence appartient moins à Aristophane en particulier qu'à la comédie ancienne en général. Cette comédie faisant partie du culte de Bacchus, l'ivresse y règne.

Premièrement, l'ivresse physique: on distribuait du vin au chœur à son entrée; on faisait ce repas qui s'appelait cômos, d'où vint le nom de comédie, chant du cômos, et non pas de cômè village, comme on l'a prétendu.

Les phallophories, c'est-à-dire les processions où l'on portait le phallos, faisaient aussi partie de ces fêtes. La religion, qui consacrait les plus beaux principes de la morale et de la politique sortis de la bouche des Solon et des Lycurgue, consacrait également ces étranges cérémonies:—étranges pour nous, non pour les Grecs, puisque cette religion, au fond, n'était que le culte de la nature, en sa complexité indéfinissable d'esprit et de matière, de pensée et d'animalité.

Un passage du Grand Étymologique dit formellement: «On regarde les chants phalliques comme ayant été les premières trygédies,» c'est-à-dire les premières pièces, soit tragiques, soit comiques, qu'on jouait en se barbouillant de lie dans les vendanges, trygè.

Ces processions étaient accompagnées de danses: les principales danses phalliques s'appelaient la Sicinnis et le Cordax, noms trop significatifs, quelque étymologie qu'on adopte, danses licencieuses, auprès desquelles les danses les plus lascives des modernes ne sont rien, et dont nous n'avons trouvé quelque idée que dans celles des Gitanos et des Gitanas de l'Albaycin de Grenade.

La Sicinnis était la danse des drames de Satyres, le Cordax était celle des comédies.

Si l'on oubliait les phallophories, on ne s'expliquerait pas parfaitement Aristophane: elles seules vont rendre raison de certaines scènes des Acharnéens, de plusieurs passages de la pièce intitulée les Femmes aux fêtes de Cérès, et de Lysistrata presque tout entière.

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