Strepsiade, donc, est couché dans un lit, son fils dans un autre. Autour d'eux, des esclaves dorment par terre. Il fait nuit.

STREPSIADE, couché, et gémissant.

Oh! io, io ioïe! grands dieux! que les nuits sont longues! Le jour ne viendra donc jamais? Depuis longtemps j'ai entendu le chant du coq, et mes esclaves ronflent encore! Ah! jadis ce n'eût pas été ainsi! Maudite guerre! m'as tu fait assez de mal! je ne puis même plus châtier mes esclaves!—Et cet honnête fils que j'ai là ne s'éveille pas davantage: il pète, enveloppé dans ses cinq couvertures!—Allons! essayons encore de dormir et renfonçons-nous dans le lit.—Dormir? Eh! comment, malheureux? dévoré par la dépense, l'écurie et les dettes, à cause de ce beau fils! Lui, avec ses cheveux flottants, il monte à cheval ou en char, et ne rêve que chevaux; et moi je meurs lorsque la lune ramène le jour des échéances!—Hé! esclave! allume la lampe, et apporte-moi mon registre: que je récapitule à qui je dois, et que je calcule les intérêts.—Voyons: douze mines à Pasias? Ah! c'était pour payer ce cheval pur-sang! Hélas! plût au ciel qu'un bon coup de pierre, auparavant, eût fait couler ce sang!

PHIDIPPIDE, rêvant.

Philon, tu triches! tu dois aller droit devant toi!

STREPSIADE.

Voilà cette folie qui me ruine! Même en dormant, il ne rêve que courses!

PHIDIPPIDE, rêvant.

Combien de tours pour le char de guerre?

STREPSIADE.