[162: V. Bertillon, art., Mariage, in Dict. Encycl., 2e série. V. p. 52.—Morselli, p. 348.—Corre, Crime et suicide, p. 472.]

[163: Et pourtant le travail à faire pour réunir ces informations, considérable quand il est entrepris par un particulier, pourrait être effectué sans grande peine par les bureaux officiels de statistique. On nous donne toute sorte de renseignements sans intérêt et on nous tait le seul qui nous permettrait d'apprécier, comme on le verra plus loin, l'état où se trouve la famille dans les différentes sociétés d'Europe.]

[164: Il y a bien aussi une statistique suédoise, reproduite dans le Bulletin de démographie internationale, année 1878, p. 195, qui donne les mêmes renseignements. Mais elle est inutilisable. D'abord, les veufs y sont confondus avec les célibataires, ce qui rend la comparaison peu significative, car des conditions aussi différentes demandent à être distinguées. Mais de plus, nous la croyons erronée. Voici en effet quels chiffres on y trouve:

/* +——————————————————————————————————+ | Suicides pour 100.000 habitants de chaque sexe, | | du même état civil et du même âge. | +——————-+———+———+———+———+———+———+——————+ | |16 à |26 à |36 à |46 à |56 à |66 à | AU delà | | |25 ans|35 ans|45 ans|55 ans|65 ans|75 ans| | +——————-+———+———+———+———+———+———+——————+ | | HOMMES | +——————-+———+———+———+———+———+———+——————+ |Mariés |10,51 |10,58 |18,77 |24,08 | 26,29| 20,76| 9,48 | +——————-+———+———+———+———+———+———+——————+ |Non-mariés | 5,69 |25,73 |66,95 |90,72 |150,08|229,27| 333,35 | |(veufs et | | | | | | | | |célibataires)| | | | | | | | +——————-+———+———+———+———+———+———+——————+ | | FEMMES | +——————-+———+———+———+———+———+———+——————+ |Mariées | 2,63 | 2,76 | 4,15 | 5,55 | 7,09| 4,67| 7,64 | +——————-+———+———+———+———+———+———+——————+ |Non-mariées | 2,99 | 6,14 |13,23 |17,05 | 25,98| 51,93| 34,69 | +——————-+———+———+———+———+———+———+——————+ | Combien les non-mariés se tuent-ils de fois plus que les mariés | | du même sexe et du même âge? | +——————-+———+———+———+———+———+———+——————+ |Hommes | 0,5 | 2,4 | 3,5 | 3,7 | 5,7 | 11 | 37 | +——————-+———+———+———+———+———+———+——————+ |Femmes | 1,13 | 2,22 | 3,18 | 3,04 | 3,66| 11,12| 4,5 | +——————-+———+———+———+———+———+———+——————+ */

Ces résultats nous ont, dès le premier abord, paru suspects en ce qui concerne l'énorme degré de préservation dont jouiraient les mariés des âges avancés, tant ils s'écartent de tous les faits que nous connaissons. Pour procéder à une vérification que nous jugions indispensable, nous avons recherché les nombres absolus de suicides commis par chaque groupe d'âge dans le même pays et pendant la même période. Ce sont les suivants pour le sexe masculin:

/* +——————————-+——-+——-+——-+——-+——-+——-+—————+ | |16-25|26-35|36-45|46-55|56-65|66-75|AU-DESSUS.| | |ans. |ans. |ans. |ans. |ans. |ans. | | +——————————-+——-+——-+——-+——-+——-+——-+—————+ |Mariés. | 16 | 220 | 567 | 640 | 383 | 140 | 15 | +——————————-+——-+——-+——-+——-+——-+——-+—————+ |Non-mariés. | 283 | 519 | 410 | 269 | 217 | 156 | 56 | +——————————-+——-+——-+——-+——-+——-+——-+—————+ */

En rapprochant ces chiffres des nombres proportionnels donnés ci-dessus on peut se convaincre qu'une erreur a été commise. En effet, de 66 à 75 ans, les mariés et les non-mariés donnent presque le même nombre absolu de suicides, alors que, par 100.000 habitants, les premiers se tueraient 11 fois moins que les seconds. Pour cela, il faudrait qu'à cet âge il y eût environ 10 fois (exactement 9,2 fois) plus d'époux que de non-mariés, c'est-à-dire que de veufs et célibataires réunis. Pour la même raison, au-dessus de 75 ans, la population mariée devrait être exactement 10 fois plus considérable que l'autre. Or cela est impossible. À ces âges avancés, les veufs sont très nombreux et, joints aux célibataires, ils sont ou égaux ou même supérieurs en nombre aux époux. On pressent par là quelle erreur a probablement été commise. On a dû additionner ensemble les suicides des célibataires et des veufs et ne diviser le total ainsi obtenu que par le chiffre représentant la population célibataire seule, tandis que les suicides des époux ont été divisés par un chiffre représentant la population veuve et la population mariée réunies. Ce qui tend à faire croire qu'on a dû procéder ainsi, c'est que le degré de préservation dont jouiraient les époux n'est extraordinaire que vers les âges avancés, c'est-à-dire quand le nombre des veufs devient assez important pour fausser gravement les résultats du calcul. Et l'invraisemblance est à son maximum après 75 ans, c'est-à-dire quand les veufs sont très nombreux.]

[165: Les chiffres se rapportent donc, non à l'année moyenne, mais au total des suicides commis pendant ces quinze années.]

[166: V. plus haut liv. II, ch. III, p. I.—On pourrait croire, il est vrai, que cette situation défavorable des époux de 15 à 20 ans vient de ce que leur âge moyen est supérieur à celui des célibataires de la même période. Mais ce qui prouve qu'il y a réelle aggravation, c'est que le taux des époux de l'âge suivant (20 à 25 ans) est cinq fois moindre.]

[167: V. Bertillon, art. Mariage, p. 43 et suiv.]