Variations saisonnières du suicide dans quelques grandes villes comparées à celles du pays tout entier.

/* +——————————————————————————————————+ | CHIFFRES PROPORTIONNELS POUR 1.000 SUICIDES ANNUELS. | +———-+——-+———+——-+———+——-+———+——-+———+————+ | |PARIS|BERLIN|HAM- |VIENNE|FRANC|GENÈVE|FRAN-|PRUSSE|AUTRICHE| | | | |BOURG| |FORT | |CE | | | | |(1888|(1882-|(1887|(1871 |(1867|(1838 |(1835|(1869 |(1858 | | |-92).|85-87 |-91).|-72). |-75).|-47, |-43).|-72). |-59). | | | |89-90)| | | |52-54)| | | | +———-+——-+———+——-+———+——-+———+——-+———+————+ |Hiver | 218 | 231 | 239 | 234 | 239 | 232 | 201 | 199 | 185 | +———-+——-+———+——-+———+——-+———+——-+———+————+ |Print. | 262 | 287 | 289 | 302 | 245 | 288 | 283 | 284 | 281 | +———-+——-+———+——-+———+——-+———+——-+———+————+ |Été | 277 | 248 | 232 | 211 | 278 | 253 | 306 | 290 | 315 | +———-+——-+———+——-+———+——-+———+——-+———+————+ |Automne| 241 | 232 | 258 | 253 | 238 | 227 | 210 | 227 | 219 | +———-+——-+———+——-+———+——-+———+——-+———+————+ | CHIFFRES PROPORTIONNELS DE CHAQUE SAISON EXPRIMÉS EN FONCTION | | DE CELUI DE L'HIVER RAMENÉ À 100. | +———-+——-+———+——-+———+——-+———+——-+———+————+ | |PARIS|BERLIN|HAM- |VIENNE|FRANC|GENÈVE|FRAN-|PRUSSE|AUTRICHE| | | | |BOURG| |FORT | |CE | | | +———-+——-+———+——-+———+——-+———+——-+———+————+ |Hiver | 100 | 100 | 100 | 100 | 100 | 100 | 100 | 100 | 100 | +———-+——-+———+——-+———+——-+———+——-+———+————+ |Print. | 120 | 124 | 120 | 129 | 102 | 124 | 140 | 142 | 151 | +———-+——-+———+——-+———+——-+———+——-+———+————+ |Été | 127 | 107 | 107 | 90 | 112 | 109 | 152 | 145 | 168 | +———-+——-+———+——-+———+——-+———+——-+———+————+ |Automne| 100 | 100,3| 103 | 108 | 99 | 97 | 104 | 114 | 118 | +———-+——-+———+——-+———+——-+———+——-+———+————+ */

En résumé, nous avons commencé par établir que l'action directe des facteurs cosmiques ne pouvait expliquer les variations mensuelles ou saisonnières du suicide. Nous voyons maintenant de quelle nature en sont les causes véritables, dans quelle direction elles doivent être cherchées et ce résultat positif confirme les conclusions de notre examen critique. Si les morts volontaires deviennent plus nombreuses de janvier à juillet, ce n'est pas parce que la chaleur exerce une influence perturbatrice sur les organismes, c'est parce que la vie sociale est plus intense. Sans doute, si elle acquiert cette intensité, c'est que la position du soleil sur l'écliptique, l'état de l'atmosphère, etc., lui permettent de se développer plus à l'aise que pendant l'hiver. Mais ce n'est pas le milieu physique qui la stimule directement; surtout ce n'est pas lui qui affecte la marche des suicides. Celle-ci dépend de conditions sociales.

Il est vrai que nous ignorons encore comment la vie collective peut avoir cette action. Mais on comprend dès à présent que, si elle renferme les causes qui font varier le taux des suicides, celui-ci doit croître ou décroître selon qu'elle est plus ou moins active. Quant à déterminer plus précisément quelles sont ces causes, ce sera l'objet du livre prochain.

CHAPITRE IV

L'imitation[102].

Mais, avant de rechercher les causes sociales du suicide, il est un dernier facteur psychologique dont il nous faut déterminer l'influence à cause de l'extrême importance qui lui a été attribuée dans la genèse des faits sociaux en général et du suicide en particulier. C'est l'imitation.

Que l'imitation soit un phénomène purement psychologique, c'est ce qui ressort avec évidence de ce fait qu'elle peut avoir lieu entre individus que n'unit aucun lien social. Un homme peut en imiter un autre sans qu'ils soient solidaires l'un de l'autre ou d'un même groupe dont ils dépendent également, et la propagation imitative n'a pas, à elle seule, le pouvoir de les solidariser. Un éternuement, un mouvement choréiforme, une impulsion homicide peuvent se transférer d'un sujet à un autre sans qu'il y ait entre eux autre chose qu'un rapprochement fortuit et passager. Il n'est nécessaire ni qu'il y ait entre eux aucune communauté intellectuelle ou morale, ni qu'ils échangent des services, ni même qu'ils parlent une même langue, et ils ne se trouvent pas plus liés après le transfert qu'avant. En somme, le procédé par lequel nous imitons nos semblables est aussi celui qui nous sert à reproduire les bruits de la nature, les formes des choses, les mouvements des êtres. Puisqu'il n'a rien de social dans le second cas, il en est de même du premier. Il a son origine dans certaines propriétés de notre vie représentative, qui ne résultent d'aucune influence collective. Si donc il était établi qu'il contribue à déterminer le taux des suicides, il en résulterait que ce dernier dépend directement, soit en totalité soit en partie, de causes individuelles.

I.

Mais, avant d'examiner les faits, il convient de fixer le sens du mot. Les sociologues sont tellement habitués à employer les termes sans les définir, c'est-à-dire à ne pas déterminer ni circonscrire méthodiquement l'ordre de choses dont ils entendent parler, qu'il leur arrive sans cesse de laisser une même expression s'étendre, à leur insu, du concept qu'elle visait primitivement ou paraissait viser, à d'autres notions plus ou moins voisines. Dans ces conditions, l'idée finit par devenir d'une ambiguïté qui défie la discussion. Car, n'ayant pas de contours définis, elle peut se transformer presque à volonté selon les besoins de la cause et sans qu'il soit possible à la critique de prévoir par avance tous les aspects divers qu'elle est susceptible de prendre. C'est notamment le cas de ce qu'on a appelé l'instinct d'imitation.