/* +——————————————————————————————————+ | FORMES INDIVIDUELLES QU'ILS REVÊTENT | +———————————————————-+——————————————+ | Caractère fondamental | Variétés secondaires | +——————+——————+——————-+——————————————+ | |Suicide | Apathie | Mélancolie paresseuse avec | | |égoïste | | complaisance pour elle-même| | | | | | | | | | Sang-froid désabusé du | | | | | sceptique | | +——————+——————-+——————————————+ | |Suicide |Énergie | Avec sentiment calme du | |Types |altruiste |passionnelle | devoir | |élémentaires| |ou volontaire| Avec enthousiasme mystique | | | | | Avec courage paisible | | +——————+——————-+——————————————+ | |Suicide |Irritation, | Récriminations violentes | | |anomique |dégoût. | contre la vie en général | | | | | | | | | | Récriminations violentes | | | | | contre une personne en | | | | | particulier | | | | | (homicide-suicide) | +——————+——————+——————-+——————————————+ | | | Mélange d'agitation et | | |Suicide ego-anomique | d'apathie, d'action et de | | | | rêverie | |Types mixtes+—————————————+——————————————+ | |Suicide anomique-altruiste| Effervescence exaspérée | | +—————————————+——————————————+ | |Suicide ego-altruiste | Mélancolie tempérée par une| | | | certaine fermeté morale | +——————+—————————————+——————————————+ */
Tels sont les caractères généraux du suicide, c'est-à-dire ceux qui résultent immédiatement de causes sociales. En s'individualisant dans les cas particuliers, ils se compliquent de nuances variées selon le tempérament personnel de la victime et les circonstances spéciales dans lesquelles elle est placée, Mais, sous la diversité des combinaisons qui se produisent ainsi, on peut toujours retrouver ces formes fondamentales.
LIVRE III
DU SUICIDE COMME PHÉNOMÈNE SOCIAL EN GENERAL
CHAPITRE I
L'élément social du suicide.
Maintenant que nous connaissons les facteurs en fonction desquels varie le taux social des suicides, nous pouvons préciser la nature de la réalité à laquelle il correspond et qu'il exprime numériquement.
I.
Les conditions individuelles dont on pourrait, a priori, supposer que le suicide dépend, sont de deux sortes.
Il y a d'abord la situation extérieure dans laquelle se trouve placé l'agent. Tantôt les hommes qui se tuent ont éprouvé des chagrins de famille ou des déceptions d'amour-propre, tantôt ils ont eu à souffrir de la misère ou de la maladie, tantôt encore ils ont à se reprocher quelque faute morale, etc., etc. Mais nous avons vu que ces particularités individuelles ne sauraient expliquer le taux social des suicides; car il varie dans des proportions considérables, alors que les diverses combinaisons de circonstances, qui servent ainsi d'antécédents immédiats aux suicides particuliers, gardent à peu près la même fréquence relative. C'est donc qu'elles ne sont pas les causes déterminantes de l'acte qu'elles précèdent. Le rôle important qu'elles jouent parfois dans la délibération n'est pas une preuve de leur efficacité. On sait, en effet, que les délibérations humaines, telles que les atteint la conscience réfléchie, ne sont souvent que de pure forme et n'ont d'autre objet que de corroborer une résolution déjà prise pour des raisons que la conscience ne connaît pas.