Et remarquez ce que peut la fermeté de cœur, et l'autorité que donne à un vaincu, presque à un captif, la dignité, la noblesse d'une courageuse attitude. Ce Nicomède est à la fin de la pièce comme le chef et le maître. Attale s'est fait son élève et son partisan. Arsinoé s'humilie devant lui; Prusias proclame «qu'avoir un fils si grand est sa plus grande gloire»; Flaminius lui-même lui parle avec respect. C'est qu'il n'y a rien qui impose comme le courage, comme l'âme énergique et obstinée qui espère contre toute espérance, et pour tout dire d'un mot, comme la volonté. C'est un homme du temps de Corneille, et qui l'admirait fort, qui a dit: «Rien n'est impossible: il y a des voies qui conduisent à toutes choses; et si nous avions assez de volonté, nous aurions toujours assez de moyens»[36].


CHAPITRE IX.
POMPÉE.

La noblesse de cœur chez les hommes est chose admirable; elle est plus touchante encore et plus vénérable chez les femmes. Vous l'avez déjà vu par cette fière et courageuse Chimène. Cela éclate encore mieux par la simple histoire de Cornélie, qui est contenue dans la tragédie de Pompée. Cette tragédie devrait avoir pour titre «La Veuve de Pompée». Remarquez un instant comment Corneille a compris, d'ordinaire, la grandeur de la femme. Les hommes sont grands par leur dévouement à une grande idée ou à un grand sentiment. Tels Rodrigue, Horace, Auguste, Polyeucte, Nicomède. Les femmes sont grandes par le dévouement à la famille, par leur culte religieux de la maison où elles sont nées, ou de celle où elles sont entrées. La grandeur de Chimène est dans le dévouement à la mémoire de son père. La grandeur de Cornélie, veuve de Pompée, est dans son culte pour le souvenir de son époux.

Corneille, au moins dans ces deux pièces, et dans le rôle de Pauline aussi, a bien compris que les pensées de la fille ou de la femme doivent toujours se ramener au foyer, dont la femme est la gardienne, l'ornement et l'honneur, que hors de là, et s'attachant à un autre objet, la grandeur chez elles aurait quelque chose de forcé et peut-être de faux. Ce rôle de Cornélie est donc une chose très belle et très imposante. Et voyez comme les convenances y sont bien observées. Il ne convient pas qu'une femme ait un rôle bruyant et éclatant; il ne convient pas, pour dire la chose comme elle est, qu'elle parle beaucoup.

A ce compte, il ne faudrait pas de rôle de femmes dans les comédies. Faites attention pourtant. Une jeune fille dans sa famille, une femme à côté de son mari doit parler peu. Mais qu'une jeune fille dont le père est mort agisse et parle pour défendre et venger sa mémoire; cela est bien, et c'est le rôle de Chimène. Qu'une jeune femme dont le mari a commis une noble imprudence agisse et parle pour le sauver, et quand il est mort, pour l'honorer en l'imitant; cela est beau, et c'est le rôle de Pauline. Qu'une veuve agisse et parle pour défendre, faire respecter et faire craindre la mémoire de son mari; cela est touchant, et c'est le rôle de Cornélie. L'âme du Comte est passée dans celle de Chimène, celle de Polyeucte dans celle de Pauline, et celle de Pompée dans celle de Cornélie; et ce sont ces grandes ombres qui parlent par la bouche de ces nobles femmes. La noblesse de la femme est de s'appuyer sur le chef de famille, ou sur sa mémoire, et de porter dignement son nom, ou son souvenir.

Ce Pompée était un grand général romain, du temps des guerres civiles qui ont désolé la république romaine. Il avait été vaincu par son rival César, et avait cherché un asile en Egypte. Le roi de ce pays, qui était un scélérat, l'avait fait mettre à mort, pour flatter le ressentiment de César. Mais César avait des sentiments élevés. Quand il arrive, Ptolomée, le roi d'Egypte, se prosterne à ses pieds et lui apprend que, par ses soins, Pompée n'existe plus. César s'irrite et, avec le plus accablant mépris, montre au roi toute sa lâcheté.

PTOLOMÉE.

Seigneur, montez au trône, et commandez ici.