Lasse-toi désormais de me faire trembler;

Je parle à mon honneur, ne viens point le troubler.

Laisse-le sans remords m'approcher des couronnes,

Et ne viens point m'ôter plus que tu ne me donnes.

Je n'ai plus rien à toi: la guerre a consumé

Tout cet indigne sang dont tu m'avais formé;

J'ai quitté jusqu'au nom que je tiens de ta haine....

Ainsi Corneille place Don Carlos tour à tour dans toutes les situations où il montrera un nouveau côté de son âme, et une nouvelle forme de sa générosité. Nous l'avons vu tout à l'heure fier de son titre de soldat, puis hautain et superbe à venger l'injure qu'on lui fait; nous le voyons maintenant se plaindre du pénible état d'esprit où le jette sa double destinée d'homme obscur par le sang et important par sa gloire. Va-t-il en arriver à maudire sa naissance, comme il semble qu'il en prend le chemin?—Oh! non pas! Un bruit se répand par le royaume que Don Carlos n'est pas Don Carlos, fils de pêcheur anobli par la reine; il est Sanche d'Aragon, fils de roi, que les nécessités de la politique ont forcé de cacher, dès sa naissance, chez un pêcheur. Les grands seigneurs commencent à le féliciter. Il répond avec une hauteur triste:

Comtes, ces faux respects, dont je me vois surpris,

Sont plus injurieux encor que vos mépris.