Note 107:[ (retour) ] Voir ibid. Chant II. sec. XI, XII, XIII, XIV.

Note 108:[ (retour) ] Voir ibid. Chant III, sec. I, II.

Le poème eût été beau sans doute, et d'une singulière grandeur. En tout cas, et, si j'en parle, ce n'est que pour montrer le sens poétique, l'instinct et le flair sûr d'André Chénier au milieu même du faux goût dont il n'a pas laissé de recevoir la contagion, ce poème aurait eu cela de vrai, de vivant, de non artificiel, qu'il eût résumé la pensée du siècle où il aurait paru, qu'il nous eût donné dans un grand tableau la conception du monde et de l'humanité telle qu'elle était, plus ou moins précise, dans les esprits de ce temps. Or un grand poème est grand pour beaucoup de raisons diverses, mais d'abord à cette condition-là, et à cette définition répondent aussi bien l'Ennéide que l'Iliade et le Paradis Perdu que la Divine Comédie. Je ne sais donc si l'Hermès eût été un des grands poèmes de l'humanité, mais je vois qu'il en courait le risque et qu'il en prenait le chemin.

Peut-être eût-il été, à notre goût, décidément trop scientifique et «matérialiste» au sens purement littéraire du mot. N'oublions pas, car je crois que nous nous en sommes aperçus, que Chénier, à tout prendre, n'a pas infiniment d'imagination ni beaucoup de sensibilité. Son imagination a besoin d'aide, du secours d'un beau vers antique; c'est une belle et très pure répercussion. Sa sensibilité est de courte verve et de sobre effusion. Il aurait donc sans doute, et les quelques fragments qu'il a écrits semblent l'indiquer, décrit, admirablement décrit, car en cette affaire son talent est prodigieux, mais peu animé, peu échauffé et nourri de flamme, ce vaste sujet. Il aurait peu trouvé ces imaginations, «ces visions» qui transforment, au risque de la dénaturer un peu, mais qu'importe quand on écrit un poème? la vérité scientifique en idée poétique. Un exemple, car ces procédés de poètes, ou bien plutôt ces trouvailles, se sentent très bien et ne se définissent guère. Chénier dit dans un fragment de l'Hermès:

Je vois l'être et la vie et leur source inconnue,

Dans les fleuves d'éther tous les mondes roulants.

Je poursuis la comète aux crins étincelants,

Les astres et leurs poids, leurs formes, leurs distances;

Je voyage avec eux dans leurs cercles immenses...

En moi leurs doubles lois agissent et respirent;