L'endroit était désert, et je commençais à me sentir fort embarrassé, quand par bonheur deux soldats passèrent.
Je les appelai, et confiant à l'un nos chevaux, j'envoyai l'autre chercher un fiacre à la station la plus voisine.
Le fiacre venu, nous y installâmes le blessé de notre mieux, et je grimpai sur le siége pour le conduire à l'adresse qu'il m'avait indiquée, chez lui, rue du Cirque.
Une fois là, je sonne, et je commande aux domestiques de descendre.
Non sans peine ils tirent leur maître de la voiture, et les voilà le montant à travers les escaliers, lui geignant faiblement, tant il souffrait.
Je montais devant, et j'arrivais au premier étage, quand une porte brusquement s'ouvrit devant moi, et une jeune fille parut.
Elle était à sa toilette, lorsque le tapage que nous faisions l'avait épouvantée, et elle accourait voir... Elle n'avait pris que le temps bien juste de jeter un peignoir sur ses épaules, et ses cheveux en désordre s'échappaient à demi d'une sorte de coiffe de nuit...
Apercevant son parent aux mains des valets, elle le crut dangereusement blessé, mort peut-être... Elle devint plus pâle qu'une morte, et poussant un grand cri, elle chancela...
Elle serait tombée de son haut dans l'escalier, la tête la première, si je ne l'avais pas reçue entre mes bras.
Elle était évanouie. Et je la tins ainsi, renversée contre mon épaule, si près que j'étais pénétré de la moiteur de son corps souple et charmant, si près que je sentais les battements de son cœur contre le mien. Sa coiffe s'était dénouée, et ses cheveux s'éparpillant m'enveloppaient de leurs flots dorés et traînaient jusqu'à terre...