De ma famille, je m'en moque... Il ne me reste que des arrière-cousins qui, n'ayant rien à prétendre à ma succession, se soucient de moi aussi peu que je me soucie d'eux...

Mais j'ai une fille, et là est le danger.

La certitude que je vais me remarier la désole, je l'ai vu... Elle se révolte à la seule idée qu'une autre femme va prendre la place de sa mère, porter mon nom et régner dans ma maison...

Daniel, maintenant, commençait à comprendre ce qu'il devait penser du rendez-vous manqué qui lui avait valu la visite de M. de la Ville-Handry.

—Or, disait le comte, je connais mon Henriette, c'est sa mère elle-même, faible, mais entêtée jusqu'à la démence... Si elle s'est mise en tête de mal recevoir miss Sarah, elle la recevra mal, quoi qu'elle m'ait promis, et trouvera le moyen de lui faire quelque abominable avanie... Et si néanmoins Sarah consent à passer outre, ma maison deviendra un enfer, et ma femme sera malheureuse... Ai-je sur Henriette assez d'empire pour la ramener à la raison? Je ne le crois pas... Mais cette influence que je n'ai pas, je sais un charmant garçon qui l'a, et c'est vous...

Daniel était devenu pourpre.

C'était la première fois que le comte s'exprimait si clairement.

—Je n'ai jamais désapprouvé, continuait-il, les projets de ma pauvre femme, et la preuve c'est que j'autorisais vos assiduités... Aujourd'hui, voici mes conditions: Que ma fille soit pour Sarah ce que je veux qu'elle soit, une sœur tendre et dévouée, et six mois après mon mariage, il y aura une autre noce à l'hôtel de la Ville-Handry...

Daniel voulait parler, il l'arrêta.

—Non, rien, fit-il. Je vous ai démontré la sagesse du parti que je prends, agissez en conséquence...