Il avait fui; mais, avant de quitter Paris, il avait eu le temps d'organiser la vengeance dont il nous avait menacés.
Où trouva-t-il des gens assez lâches pour servir son dessein, et quels sont ces gens? Je l'ignore. Peut-être, ainsi que mistress Brian le croit, se borna-t-il à adresser des lettres anonymes à deux ou trois personnes de nos relations, de celles qu'il savait ne nous point aimer et nous envier.
Ce qui n'est que trop sûr, c'est que moins d'une semaine après sa disparition, on se racontait à l'oreille que j'étais, moi, Sarah Brandon, la complice de ce faussaire, pis que cela encore, et que les sommes puisées à sa caisse on les retrouverait dans le secrétaire de ma chambre à coucher...
Oui, voilà ce qu'on disait, tout bas d'abord et avec précaution, puis plus haut, toujours plus haut et ouvertement.
Bientôt, certains journaux s'en mêlèrent. Ils reprirent les faits, les arrangeant à leur façon et me désignant par mille allusions outrageantes... Ils disaient que le vol de Malgat était un vol à l'Américaine, et qu'il était bien naturel qu'il passât de l'étrangère à l'étranger...
Elle était devenue plus rouge que le feu, sa poitrine haletait, et la honte, la colère, le ressentiment de l'outrage, l'ardent désir de la vengeance se peignaient tour à tour sur son mobile visage.
—Nous, cependant, continuait-elle, tranquilles et assurés en notre honnêteté, nous ne soupçonnions rien de ces infamies.
J'avais bien surpris sur mon passage quelques chuchottements, des regards ou des sourires singuliers, mais je ne m'en étais pas autrement inquiétée.
Un papier apporté une après-midi, en notre absence, nous apprit l'horrible vérité...
C'était une citation... J'étais appelée à comparaître devant le juge d'instruction.