Et il s'endormit, rêvant qu'il veillait et qu'il découvrait le moyen de pénétrer le mystère de l'existence de miss Brandon.
Il faisait grand jour lorsque Daniel s'éveilla glacé et courbaturé, car il n'avait pas changé de vêtements en rentrant, et son feu s'était éteint.
Son premier mouvement fut tout de colère contre lui-même.
Quoi, il succombait si promptement, lui qui dans sa vie de marin, il se le rappelait, était resté à diverses reprises quarante et jusqu'à soixante heures presque sans quitter le pont de son navire battu par la tempête!
La paisible et uniforme existence de bureaucrate qu'il menait depuis près de deux ans, l'avait-elle donc amolli jusque-là que tous les ressorts de son organisation étaient détrempés!...
Pauvre garçon, qui ignorait que les pires fatigues sont légères, comparées à ces épouvantables convulsions morales qui ébranlent l'être humain jusqu'en ses plus mystérieuses profondeurs.
Cependant, tout en se hâtant d'allumer un grand feu pour se réchauffer, il ne tarda pas à reconnaître que le repos lui avait été profitable.
Les dernières vapeurs de son ivresse de la nuit s'étaient complétement dissipées, le charme qui l'avait fasciné était rompu, et il se sentait en pleine possession de toutes ses facultés.
A cette heure, sa folie lui paraissait si absolument inexplicable, que s'il eût pris seulement un verre d'eau sucrée à la soirée de miss Sarah Brandon, il eût été tenté de croire qu'on y avait mêlé quelqu'une de ces substances qui allument, comme un incendie, le délire dans le cerveau.
Mais il n'avait rien pris... et quand même! la folie était-elle moins commise et moins irréparable? Les suites en seraient fatales, il n'en doutait pas.